La Fraternité Universelle

Extrait d’une conférence de M. Lachambre - Mars 1966 A150104ConfFraternite
Compte rendu par Philippe Deleuil.

Dans la "Prière Rosicrucienne", il y a un paragraphe qui traite tout spécialement de la Fraternité Universelle.

"Un seul charbon ne suffit pas pour faire un feu ; mais lorsque plusieurs sont mis ensemble, la force latente qui est en chacun peut être éveillée en une flamme émettant lumière et chaleur, et c’est en conformité avec cette même loi de la nature que nous nous somme réunis ici, ce soir, afin qu’en amassant nos aspirations spirituelles, nous puissions allumer et tenir enflammé le flambeau de la véritable fraternité spirituelle qui est le baume de Galaad, la seule panacée contre les maux de la terre".

L’Association Rosicrucienne est une école et non une religion. Pour appliquer son enseignement il faut s’en pénétrer, d’où la nécessité de relire souvent la "Cosmogonie des Rose-Croix".

Lorsqu’on a bien compris ce qu’est la Fraternité Universelle, et qu’on est sur la voie de sa réalisation, on se trouve à la porte de l’Initiation ou de la Sainteté, on est à la veille de l’illumination intérieure.

Mais, comme tout problème à résoudre, il faut revenir à la source : prenons l’étude dès le commencement du pèlerinage des Esprits-Vierges, afin de nous rendre compte que nous sommes tous frères par l’Esprit et non par la chair.

Il est nécessaire que nous ayons une vision claire du double chemin de l’involution et de l’évolution afin que nous puissions répondre aux questions :

  • D’où venons nous ?
  • Que sommes-nous venus faire sur cette terre ?
  • Où allons-nous ?

Avant de vouloir appliquer la Fraternité Universelle, il faut comprendre ce qu’elle est. Si on dit à un homme : "il faut aimer vos ennemis", il trouvera que c’est difficile de le mettre en pratique s’il ne possède pas une grande foi : celle d’admettre que l’on puisse aimer un ennemi et non pas seulement lui pardonner.

Pardonner à un ennemi, c’est oublier les différents qui nous séparaient, ne plus tenir compte du mal qu’il nous a fait.

L’aimer c’est aller au-devant de lui et le considérer comme un autre soi-même, en lui prodiguant les marques d’affection les plus douces : c’est l’écueil contre lequel se heurte souvent celui qui pense que la Fraternité Universelle peut être facilement réalisée.

Pour comprendre ce problème, il faut une confiance profonde en la réalité des enseignements de la philosophie rosicrucienne qu’il faut reconsidérer depuis les premiers éléments, se rendre compte de la constitution de l’univers, ce qu’est la vie hiérarchisée et divisée dans les sept plans cosmiques. Ces plans représentent le monde de la manifestation, dans lequel il y a des galaxies et, dans ces galaxies, des Logos solaires.

Pour les êtres humains, il y a lieu de considérer que sur les 60 milliards environ d’Esprits Vierges, il n’y a que 3 ou 4 milliards environ en incarnation (en 1966), aux moments de pointe, les autres étant en attente de leur venue sur terre.

Lorsque nous aurons atteint le niveau de développement de conscience dans le monde de l’Esprit Divin, nous serons à même de pouvoir devenir un Centre de Vie, un Logos solaire.

Lorsqu’une hiérarchie est libérée du champ de la vie d’un Logos solaire (le Père), elle éclate et devient une galaxie.

Dans une galaxie, il y a des centaines de milliards d’étoiles, chaque étoile étant un Logos solaire.

"Notre Père" est un Logos qui, ayant atteint le développement de conscience dans le cadre d’une galaxie, est le plus haut initié de la période de Saturne. Au moment de la concentration du 6ème au 7ème plan, le Logos solaire diffuse lui-même sa conscience dans un point de l’espace et fait pénétrer les Esprits Vierges qui la composent dans le Monde de l’Esprit Divin pour les isoler du plan spirituel, et commence l’évolution des différentes hiérarchies célestes évoluant dans le corps divin de notre Père : notre Logos solaire avec ses douze hiérarchies.

Nous sommes frères par l’Esprit, cette parcelle de Vie universelle qui est en nous. Nous sommes frères également grâce aux différents voiles de l’Esprit divin, de l’Esprit vital qui séparent les Esprits Vierges et forment des Egos. La parcelle de Vie de chaque Ego est séparée de celle de tous les autres et en cela nous sommes frères dans le sein du même Père.

Au cours de nombreuses incarnations, l’Ego fait des expériences, tantôt comme homme, tantôt comme femme. Il ne se souvient pas de celles qu’il a réalisées dans chacune de ses propres personnalités (de ses masques), mais il apporte à chaque incarnation une conscience accrue par les expériences assimilées entre deux vies.

Lorsque nous sommes frères par la chair (même père, même mère), nous constatons souvent des inimitiés inhérentes à la trame de la destinée. Ces frères pouvaient être ennemis dans des vies passées et maintenant il est nécessaire qu’ils vivent ensemble, dans une même famille, afin d’arriver à une compréhension mutuelle puis à la fraternité.

La prière rosicrucienne, que nous devrions lire avec sincérité chaque jour, nous indique :

"La reconnaissance de l’unité fondamentale de chacun en tous, la fraternité de l’esprit sont la réalisation de Dieu.  Pour atteindre à cette réalisation, efforçons-nous toujours d’oublier l’extérieur souvent antipathique de nos frères, et de chercher à servir l’essence divine cachée au dedans, ce qui est la base de la fraternité".

Après son acquisition des : corps physique (stade minéral), corps vital (stade végétal), corps du Désir (stade animal), l’Ego reçut, au cours de l’Epoque Atlantéenne, l’Intellect qui lui permit de se diriger seul.

Il comprit que tout effet provient d’une cause et que toute cause produit un effet. Peu à peu les Anges gardiens chargés de nous guider se retirèrent ; il nous appartenait dorénavant de nous corriger nous-mêmes de nos erreurs, de suivre la loi de cause à effet, de dompter notre corps du désir et d’acquérir la Sagesse par le développement de notre Intellect.

Au début, il n’y avait qu’une seule nation pour l’ensemble de l’humanité, puis les Frères Aînés procédèrent à la division en races, nations, familles pour nous permettre de prendre conscience du Moi, mais de ce fait nous avons oublié notre origine divine, unique.

Par suite de nos erreurs nous nous sommes cristallisés de plus en plus pour tomber dans l’égocentrisme. Au bas de l’échelle la Loi d’Amour disparaissait et pardonner à un ennemi était une faiblesse.

Dans le plan divin, il avait été prévu qu’il serait envoyé un Instructeur : le Christ est venu pour aider l’humanité en apportant une loi nouvelle.

A sa mort, Il a déchiré le voile du Temple. Il a élevé le taux de vibration du corps du désir de la Terre et a ouvert le chemin de l’Initiation qui, jusqu'à ce moment, était réservée à une catégorie de privilégiés. Ceux-ci vivaient dans l’aura d’un gourou ou d’un hiérophante qui les dirigeait.

Il existe deux chemins dans l’évolution de l’humanité : celui de la Foi et celui de la Connaissance. Ces deux voies doivent se rejoindre dans l’avenir et ne former qu’une seule route. Animés par l’Amour, ceux qui suivent soit le sentier de la Connaissance, soit le sentier de la Foi, se rencontreront. Mais la Foi et la Connaissance sans l’Amour sont inutiles et ne permettent pas le développement spirituel.

La prière rosicrucienne nous rapporte ce que Paul a souligné dans la Première Epître aux Corinthiens, chapitre XIII :

"Lorsque je parlerais toutes les langues des hommes et le langage des anges, si je n’ai pas la charité, je suis comme un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit. Alors que j’aurais le don de prophétie et une parfaite connaissance de toutes choses, que je pénétrerais tous les mystères et que j’aurais même toute la Foi qui transporte les montagnes, je ne suis rien ... Si je n’ai point la charité, tout cela ne sert de rien".

C’est l’affirmation que si la pensée pouvait concentrer une force telle qu’elle puisse modifier l’archétype d’une montagne et la déplacer, elle n’aurait aucune valeur sans la charité.

La Foi sans Amour conduit l’humanité au fanatisme, au désastre. Il suffit de se souvenir que c’est au nom de la Foi, au Nom du Christ que l’on a égorgé et brûlé tant d’êtres qui ne suivaient pas la même religion. Au moment des Croisades, c’est au nom du Christ que l’on est allé délivrer des pierres et qu’on a égorgé ceux qui les gardaient : exemple de la Foi sans Amour.

L’erreur de la Connaissance sans l’Amour est semblable. La science de l’énergie atomique conduit à créer des armes pour détruire, alors que l’on pourrait utiliser cette science pour guérir.

L’humanité est actuellement à un tournant de son histoire et la science peut la détruire. Il faut utiliser les sommes considérables que l’on dépense pour la bombe atomique, à soulager la misère, à aider ceux qui souffrent de la faim et autres calamités.

Pour ceux qui suivent le sentier de la Foi, quand l’Amour fleurit dans le cœur, cela fait un Saint François d’Assise, un Gandhi, un Martin Luther King. Ce dernier est véritablement un Saint François d’Assise moderne ; sans aucun doute, il est un être très évolué et il a choisi cette voie en se réincarnant dans un corps de noir pour faire connaître la Loi d’amour, se faire comprendre de ses frères de couleur, en ce milieu américain où la ségrégation est si vivace.

Pour atteindre le degré de sagesse, d’Amour, d’un Martin Luther King, il faut s’être approché du Christ dans des vies précédentes et avoir tout sacrifié pour remplir cette mission, même au point d’envisager de devenir un martyr comme le fut Gandhi. Pour l’être d’une évolution supérieure à celle de ses semblables, il y a souvent danger de mort violente. Martin Luther King accepterait cette mort car il sait que son sang versé aiderait au développement de l’amour humain.

Martin Luther King demande avec insistance de pardonner à ses ennemis et de les aimer : il affirme que détruire ainsi ses ennemis, c’est en faire des amis. C’est une vérité profonde. Il faut se souvenir que le Monde du Désir se divise en deux régions qui sont régies par deux lois différentes : l’Attraction et la Répulsion.

Pardonner à son ennemi c’est le livrer à la loi de Répulsion ; par suite du choc en retour, sa haine revient vers lui, les sentiments agressifs se détruisent et l’ennemi devient un ami. On dit que la haine attire la haine, c’est que celle-ci est régit par la loi de Répulsion qui tend à purifier et à détruire le mal.

La Cosmogonie indique que lorsque la forme d’un désir vil est attirée par une autre forme de même nature, il y a discordance entre leurs vibrations et elles ont l’une sur l’autre un effet destructeur. Au lieu de s’unir et d’amalgamer le mal avec le mal, elles agissent avec un pouvoir réciproque de destruction qui réduit les limites du mal.

Si l’on comprend bien la loi de cause à effet, on commence à s’examiner et on constate qu’aucun de nous n’est un saint. Nous avons tous des défauts et des qualités et il ne faut pas voir, chez le prochain, uniquement ses défauts, il faut surtout considérer ses qualités. Il faut savoir aimer son prochain et, même, aimer ses défauts de façon à l’aider à les réformer.

Chacun dans la vie a sa croix qui existe effectivement en archétype. C’est la résultante des leçons apprises dans des vies antérieures. Le Christ a dit : « Si quelqu’un veut me suivre, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix et qu’il me suive » (Luc IX-23).

Il faut bien remarquer que le Christ a dit que chaque jour à force de prier, de méditer, et grâce à des exercices de rétrospection, on arrive à se libérer la nuit d’une partie de sa croix par le travail d’Aide invisible. Au réveil on la reprend, allégée, mais il faut la porter jusqu'à complète transmutation, travail, travail qui ne se fait pas en un jour, le corps vital ne se modifiant que par la répétition.

Grâce à la concentration de l’Intellect sur un sujet spirituel on élève le taux de vibration des éthers, par la prière on fait naître de bonnes émotions, on se purifie, par la rétrospection on extrait l’essence des services rendus au cours de la journée pour l’assimiler peu à peu dans le corps de l’âme. Le Christ est la Lumière qui est venue éclairer toute âme (corps émotionnel) venant en ce monde : celle d’un bandit, d’un sauvage comme celle d’un Saint François d’Assise. Cette influence n’est que passagère, elle persiste puisque Christ est dans le corps émotionnel de la Terre et qu’Il a dit : «"Voici, Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin des temps" (Mathieu XXVIII -20). - Le Christ étant un Archange, son corps fait d’émotion, a été diffusé dans le corps de la Terre.

Au moment du Saint Sacrifice de la messe, quand le prêtre prononce les paroles de la consécration, il lie le Corps émotionnel du Christ à l’hostie, de même, il lie dans le vin, une partie de la Lumière christique. Un jour doit venir où chacun devrait pouvoir dire sa messe et opérer cette consécration.

Nous ne devons pas être étonnés d’éprouver des états dépressifs, les mystiques eux-mêmes ne sont pas à l’abri de tels inconvénients. C’est une conséquence de la loi du balancier, loi du binaire, qui joue. Après la nuit vient le jour, après une période de joie vient une période d’ennuis, de tristesse. Connaissant cette loi nous acceptons mieux ces difficultés momentanées. Toutefois on peut les éviter quand il ne s’agit pas de destinée mûre, à condition que par la prière et la méditation on sache s’élever au-dessus de ces influences inférieures. Le balancier continue à aller de droite à gauche, de gauche à droite, et cela pendant des mois, des années, puis un jour la Lumière du Christ pénètre notre âme.

Pour Martin Luther King il n’y a plus d’ennemis : il a atteint le stade de l’indifférence, il n’y a plus de race, nous faisons tous partie de cette fraternité universelle : tendre la main à celui qui tombe au lieu de le condamner.

Saint François d’Assise a eu cette foi ardente et la Lumière est descendue en lui. Pour que l’âme vive et progresse sur le sentier souvent pénible, il faut sans cesse prier. Une nourriture saine est nécessaire pour le corps, il faut offrir une nourriture spirituelle à notre âme.

Comprendre c’est arrivé à l’indifférence, même en présence de la maladie qui est, en fait, une Croix. Si la maladie survient, il y a une raison : erreurs dans les incarnations précédentes ou simplement dans cette vie. Il existe des maladies d’origine mystique en ce sens que l’élévation du taux de vibration conduit à la dysharmonie dans l’organisme. Lorsqu’on essaie de corriger ses défauts il arrive qu’on retombe dans la même faute : cette chute n’a pas grande importance, on arrive pas en un jour à détruire une mauvaise habitude. Ce qui serait fâcheux ce serait d’abandonner quand la lutte est commencée. Ce que nous ne pouvons épurer en cette vie, nous le ferons dans une autre si nous sommes persévérants : un effort n’est jamais perdu. Nos tentatives d’amélioration portent des fruits et nous permettrons d’avoir des possibilités plus grandes dans la vie à venir. Si nous ne sommes pas libérés maintenant, gardons l’espoir de progresser dans une nouvelle existence.  Quand notre Croix nous paraît plus lourde, c’est le moment où l’aide du Christ est la plus forte, et c’est le moment d’intensifier notre appel vers Lui.

M. Lachambre recommande la lecture journalière de la Prière rosicrucienne, lecture sincère avec la compréhension et la conscience de ce qu’il lit.

Ainsi, les mots :

"Pas même plus d’amour, mais le don de changer en caresse un simple mouvement d’humeur"

font comprendre que, même le simple sentiment de mauvaise humeur doit être changé en sourire intérieur.  L’âme doit avoir faim de rendre service, "service désintéressé" qui est la vraie nourriture de l’âme, qui a faim de donner et de se donner.

 L’exercice de rétrospection doit être fait régulièrement en éveillant en soi le désir de servir pendant la nuit en qualité d’Aide Invisible. Même si nous ne nous souvenons pas du service effectué, nous devons avoir confiance qu’un jour nous nous rappellerons de notre travail nocturne.  Nous sentirons alors dans notre cœur le sentiment de paix qu’ont connu Saint François d’Assise, Gandhi et tous les grands mystiques. Plus rien ne viendra nous troubler, car nous serons à l’abri de la Lumière du Christ.

Puis M. Lachambre termine son exposé par un passage de l’Evangile selon Saint Jean :

"Mes petits enfants : je suis peu de temps encore avec vous. Vous me chercherez et comme j’ai dit aux Juifs : vous ne pouvez venir où je suis ; je vous le dit également maintenant. Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres (Jean XIII-33/35)".

 Conférence basée sur l'Enseignement rosicrucien
légué à Max Heindel par les Frères Aînés de la Rose-Croix.