La Magie des Fleurs

A150104ConfFleursAnne Osmont

De tout temps les hommes ont emprunté à la Nature les forces qu'elle leur offrait et, toujours, ils ont cherché à lui demander plus que, matériellement, ces forces ne pouvaient donner.

C'est d'une observation d'autant plus aigüe à l'origine qu'elle était plus avide de réussir et plus dénuée de moyens d'action qu'est née la première magie, cette magie qui, au cours des âges, n'a pas autant changé que notre vanité voudrait le croire.

La première magie a certainement été symbolique et, bien que ce procédé soit complètement empirique et arbitraire, il n'en a pas moins obtenu de tels succès que l'on a bien été obligé de convenir qu'il y avait là quelque chose qui n'était point négligeable.

Pour nous en tenir à la magie exclusivement végétale, prenons les arbres résineux. Le cèdre, dira le primitif, ne perd jamais son feuillage, tandis que les autres arbres, et même le chêne qui est le roi de la forêt, laissent tomber le leur au courant de l'hiver. Il y a donc, dans le cèdre - ou le cyprès, ou le sapin, suivant les latitudes - une vertu qui lui fait conserver sa parure. Mon feuillage, à moi, homme, c'est ma chevelure. Peut-être que si j'oignais mes cheveux des sucs de cette plante particulièrement robuste, ils résisteraient aux effets de l'âge. D’où le premier essai, d'où le premier succès. Il est dont convenu que les sucs des arbres empêchent toujours la chute des cheveux.

Et, chose singulière, le fait se trouve exact. Naturellement, le primitif ne sait pas que ses cheveux tombent par suite de la séborrhée grasse, et les sucs antiseptiques des conifères la détruisent en partie, en resserrant les pores et desséchant les tissus ; il voit que ses cheveux ne tombent plus - et il n'en demande pas davantage. Je dis "il" parce que les soins de toilette ont tout d'abord été affaire masculine. L'homme voyait dans ses cheveux et dans sa barbe l'indice de sa force et de sa virilité. Il y tenait donc extrêmement. Il en dépouillait son ennemi, comme nous pouvons le voir aussi bien par le scalp des Peaux-Rouges que par le fait de couper les cheveux aux moines - qui ont renoncé à la vie matérielle et physiquement active, aux guerriers déchus et, généralement, à tous ceux qui se retiraient du monde - avec ou sans leur consentement.

Il ne faut cependant pas croire que le seul aspect de la plante ait, capricieusement, dirigé le choix que l'on en faisait pour tel ou tel usage. Les plantes magiques ont fait leurs preuves, quelquefois dangereusement. Il en est qu'il est préférable de ne pas toucher et si, contrairement à l'assertion de J.-J. Rousseau qui affirme « toutes les plantes vénéneuses sont laides et portent sur leur corolle la trace de leur malfaisance », il en est de merveilleusement belles ; il est certain que la plupart d'entre elles ont un aspect un peu inquiétant susceptible d'écarter la main qui voudrait les cueillir.

La belladone, par exemple, avec sa corolle blafarde tachée de brun, étonne plus qu'elle n'attire ; la sombre jusquiame n'est pas sans beauté, mais son violet funèbre est triste ; même le bleu glacé de l'aconit et le pesant parfum du datura donnent à réfléchir en présence de leurs fleurs magnifiques. Ce sont presque toutes des fleurs nées sous le signe de Saturne, et l'influence de la néfaste planète doit s'ajouter, pour le magister, à leur redoutable bénéfice.

Toutes les fleurs ont leur puissance, soit bonne, soit mauvaise, portant sur un point ou sur un autre de la vie physique ou mentale et c'est avec une certaine prudence que l'on doit les envisager, imitant en cela les Orientaux qui savent, avec les fleurs, composer des bouquets parlants, mais qui savent aussi leur demander la vie et la mort, l'amour ou la haine, selon qu'ils l'estiment utile pour leurs affections ou leurs intérêts.

En raison de leurs correspondances planétaires, il nous sera plus facile de prendre les plantes-fées selon leur ordre astrologique.

Les plantes de Saturne sont celles qui se présentent sous un aspect sinistre et funeste ou celles dont l'effet est de tristesse et de constriction. Les solanées, les solanées vireuses en particulier, sont celles qui se ressentent le plus de son influence. Toutes les morelles, toutes ces lianes à la fois sombres et blafardes dont les fruits affectent la forme d'un œuf, où incubent des poisons qui glacent le sang, appartiennent à l'astre le plus sombre. La jusquiame lui est particulièrement chère.

Nous avons tort de parler des plantes de Saturne dans le chapitre des fleurs, car ce sont, surtout, les racines sur quoi il règne. La racine de jusquiame, surtout quand elle a été tirée de terre une nuit de samedi, la Lune étant en signe de Saturne, apporte avec elle un élément de discorde qui apporte le trouble dans les familles les plus unies. Sa seule présence irradie une méfiance, une irritabilité qui amène les discussions, les propos discourtois, enfin, tout ce qu'il faut éviter quand on aime la paix, et qu'on aime les siens.

Le pavot noir est aussi l'une des fleurs qu'aime Saturne. Son suc dirige l'esprit au pays des songes sinistres. Il ressemble à ces miroirs sombres où n'apparaissent que des fantômes, des stryges, tout ce qui est capable d'épouvanter et d'affliger. Il faut avoir un caractère voué à la haine et à la tristesse pour se plaire à la fréquentation de ces effrayantes images astrales. Il faut avoir un cœur dépourvu de tout sentiment humain pour les attirer sur les autres. Et, cependant, il est des êtres qui se servent de ces philtres noirs pour appeler des formes plus noires encore, qui bravent l'inévitable et terrible choc en retour dans l'incompréhensible désir de mal faire, de briser les nids pleins de chants, de souiller ce qui est clair, de noircir ce qui est lumineux, en un mot, de faire œuvre satanique.

Ceux qui agissent de la sorte sont véritablement à plaindre. Ils sont à craindre également, et tous les moyens efficaces sont bons pour les réduire au calme, spécialement les parfums purs comme l'encens et le benjoin et tous les nobles parfums de résines orientales, sauf la myrrhe, impuissante dans le cas qui nous occupe.

Les plantes de Jupiter sont celles qui sont robustes, porteuses d'un beau feuillage et aussi toutes celles de qui les fruits sont savoureux et sains. Entre toutes les fleurs, la violette lui est précieuse. On n'estime pas assez les vertus de cette fleur dont on se contente de louer la modestie. Il n'est pas de plus puissant philtre de beauté, surtout si on la fait infuser dans du lait bouillant. Elle répare les tissus fatigués, rajeunit les cellules usées. Son parfum même est frais et roboratif ; il est bon de placer des violettes dans la chambre des malades et des convalescents. Au point de vue de la paix familiale, l'effet de la violette est tout opposé à celui de la jusquiame. Elle exhale une atmosphère de douceur, de concorde qui n'est pas le violent amour mais la profonde estime et la tendre amitié.

Jupiter nous donne encore les pivoines éclatantes de mai et de juin. Ces fleurs splendides recueillent dans le sol et dans l'air des fluides de santé robuste et de puissance. Leurs graines forment des colliers auxquels on attribue la vertu de soulager les enfants de leurs vers intestinaux, de donner du lait aux nourrices et un prompt rétablissement à ceux qui relèvent de maladie.

Le bleuet des champs lui appartient aussi. Tout le monde sait que l'infusion de ses fleurs procure une eau très bienfaisante aux yeux fatigués. Mais, au point de vue symbolique, le bleuet a un langage plus élevé. Dans les anciens tombeaux, on le rencontre effeuillé ou par touffes qui tombent en poussière dès que l'air les effleure. C'est que leur céleste couleur a paru le gage du salut. C'est comme une promesse de résurrection qui est descendue dans la tombe avec la parure du blé.

Le blé lui-même, avec toutes les graminées, appartient au maître des dieux et tire de ce fait une influence bénéfique, surtout au point de vue des intérêts matériels. Il est notoire dans toutes les campagnes que trois épis de blé, conservés de la moisson nouvelle, empêchent, aussi longtemps qu'ils sont dans la maison, le bien-être d'y manquer. Quand les blés mûrissent, on brûle les épis de l'année passée et on les remplace par de nouveaux. Si ces épis sont cueillis la nuit de la Saint Jean (la nuit du 23 au 24), ils sont encore plus bénéfiques et passent pour écarter les mauvais sorts.

La campanule participe de la même influence. Ses bouquets bleus ou mauves répandent la douceur et le calme dans les maisons ou ils sont placés.

La menthe, l'origan et les autres labiées, qui sont à la fois de Jupiter et de Mercure, doivent au premier leur puissance aseptique et leur action digestive.

Enfin, bien que sa fleur ne soit pas intéressante, il faut ici rappeler que le coudrier est aussi un végétal de Jupiter et que c'est par cet astre que ses baguettes s'orientent naturellement vers les trésors cachés et, surtout, vers les eaux souterraines, véritable trésor du cultivateur.

Mars aime le parfum âcre des bulbes odorants comme l'ail, l'oignon, l'échalote. Même si ces végétaux ne nous apparaissent pas comme fort agréables, il ne faut pas oublier que l'oignon est un puissant régulateur du cœur et que l'ail prévient la carie des dents et les affections pulmonaires. Il suffit de voir à quel point elles sont plus rares dans le Midi que dans le Nord, combien les voix y sont plus belles et les dentures plus éclatantes. Magiquement, la fleur de l'ail passe pour rendre la raison à ceux qui l'avaient perdue, surtout les folies venues d'un sentiment trop fort, comme d'un amour contrarié ou de la mort d'un être cher. C'est par la fleur de l'ail qu'Ulysse fit revenir à leur état normal ses compagnons changés en pourceaux par la magicienne Circé.

A Mars appartient également l'ortie. Malgré son aspect rébarbatif, l'ortie est une plante utile. Les sommités d'ortie blanche fleuries ou aussitôt avant la floraison sont un antiseptique puissant. On les emploie utilement contre toutes les érosions et, surtout, contre les inflammations qui tourmentent si cruellement les nourrissons qui ne sont pas aussi bien tenus qu'il faudrait. Ceci n'est pas une critique à l'égard de leurs mères. Trop souvent, elles sont tenues par le travail en dehors de la maison. A la ville, les crèches sont nombreuses et munies de tous les perfectionnements. Mais à la campagne au moment des fenaisons, de la moisson et des vendanges, les femmes n'ont pas le loisir de revenir à leurs poupons pour les changer aussitôt souillés. De cette stagnation dans leur maillot sali résultent des rougeurs, des écorchures fort douloureuses pour l'enfant. Quelques bains de décoction d'ortie remédient à cet inconvénient. La même décoction d'orties, prise en lavages intérieurs, fait cesser les pertes blanches. On dit que l'eau d'orties, mêlée aux aliments, rend les maris empressés auprès de leur femme.

Le cardon bénit guérit toute espèce de maladies, surtout les fièvres contagieuses. L'iris d'Espagne, appelé aussi lance, en bouquets dans une chambre, fortifie celui ou celle qui habite cette chambre. Pour obtenir le maximum d'effet, il faut préférer les iris jaunes.

Pour les effets médicaux des plantes, il est bon de ne pas attendre que la fleur se soit ouverte. C'est dans la journée ou dans la nuit qui précède la pleine éclosion que l'efficacité est à son sommet ; la floraison parfaite amène une déperdition de forces et elles disparaissent complètement lorsque les graines sont nouées.

Toutes les plantes appartiennent au Soleil. Il en est, cependant, qui lui conviennent mieux que d'autres. L'héliotrope, au doux parfum, crée la sympathie spirituelle entre ceux qui en échangent les corymbes. Il n'est pas ici question d’amour ou de sensualité. Le Soleil est de peu d’influence sur les sentiments de Vénus. L'amour qui le concerne est l'amour platonique et, plus encore, l'amitié dans sa forme la plus éthérée.

L'hélianthe, fleur du Soleil, cette haute fleur magnifique que nous avons, je ne sais pourquoi, reléguée dans les jardinets des chefs de gare, produit un effet tout contraire. Il détourne les affections, porte à l'égoïsme. Toutefois, mêlé à des fleurs bleues, ou dans un vase bleu, ou parmi des fleurs bleues, il détourne des affections terrestres et tourne les pensées vers les sentiments religieux.

Le citronnier, l'oranger, la fleur d'oranger appartiennent à Phébus. On sait que la fleur d'oranger est le symbole de la virginité ; elle a aussi pour effet de calmer l'esprit, de l'incliner vers des pensées hautes, de le préparer à recevoir l'inspiration des forces supérieures. Ce n'est pas en vain qu'Apollon est le maître des devins et des poètes ; il commande la chasteté parce que les passions violentes dissipent l'attention.

La verveine appartient au Soleil comme prédisposant à la voyance, non plus des phénomènes supérieurs, mais à une voyance d'un ordre plus pratique. Elle aide à chasser les démons - comme d'ailleurs tous les bons parfums d'herbes. Enfin, appliquée en alcoolat comme lotions, surtout dans la région rachidienne, elle redonne des énergies aux enfants nés malingres ou surmenés par leurs études. Nous verrons tout à l'heure que, à d'autres égards, elle relève de Vénus.

La vigne est aussi une plante solaire. Mystiquement, elle est le symbole de l'Initiation. Mais elle en indique aussi les dangers. En cela, on l'a comparée à la femme : "La vigne, dit un proverbe oriental, est semblable à la femme ; elle s'appuie et elle enivre".

C'est peut-être vrai pour la femme ; ce l'est plus encore pour l'Initiation. Celui qui ne sait pas s'adapter à elle, qui n'a pas appris par une ascèse suffisante à lui demander ce qu'elle peut et doit donner, sans en désirer davantage, se trouve souvent enlacé, accablé, enivré sans retour par des vérités qui lui sont demeurées obscures alors même qu'il les a reçues. A peine élève, il se croit maître et il veut commander tout de suite alors qu’il ne sait à peine obéir. En proie à son vertige, aux mirages que déchaîne sa volonté mal formée suivant sa science incomplète, il chancelle, en proie aux fumées de l'astral, auprès desquelles celles du vin sont inoffensives.

Mais le véritable adepte, celui qui a su attendre le moment où ses maîtres lui permettront d'agir, celui-là sait que le raisin doit être cueilli en son temps, pressé suivant les rites, fermenté à son époque. Alors, mais seulement alors, il doit être bu et bu avec mesure. Il est pour cet adepte une boisson sacrée qui développe en lui des pouvoirs magnifiques, exalte son enthousiasme sans le faire tomber dans les pièges de la torpeur ou de la bestialité.

Le lys, splendeur de l'été, est encore une fleur solaire. Il est le plus magnifique symbole féminin ; aussi est-il bien à sa place devant les autels de la Vierge. Sa belle corolle forme une grande étoile à six pointes, couleur de nacre ; et que le pollen ensemence de constellations dorées. Il est l'emblème de la royauté appuyée sur le mérite, de la royauté féminine, basée sur la beauté et la pudeur. Les lys, dans la parure de la mariée, remplacent la fleur d'oranger traditionnelle si l'on veut exprimer que l'épousée est royale et que son époux lui est en quelque sorte inférieur. Offert par le fiancé, il est un hommage de respect et de soumission - mais on sait que la soumission de la veille ne garantit pas toujours l'égalité du lendemain.

La lavande et le romarin doivent au Soleil leurs vertus curatives. Le romarin, surtout, est une plante fort puissante et qui mérite attention. Il guérit les plaies, cicatrise les blessures, sert aussi de révulsif dans les pâmoisons et relève les battements du cœur affaibli. On l'offre aux malades de l'esprit comme un réconfortant de la mémoire. Il est l'herbe du souvenir et, le donner à l'être qu'on aime, dans un papier ou dans un livre, l'oblige à ne pas vous oublier, surtout si le livre ou le papier peuvent ramener en lui le souvenir d'un moment particulièrement tendre et précieux pour ceux qui l'échangent. Ophélie, dans sa folie, se souvient de ce pouvoir et, dans les guirlandes qu'elle tresse, n'oublie pas de l'offrir à celui qui est, par son oubli, l'origine de sa folie.

Vénus aime toutes les fleurs qui ont belle forme et douce odeur. Il en est, cependant, qu'elle préfère à toutes. Malgré son odeur désagréable, la valériane lui plait à cause des dérèglements nerveux qu'elle provoque, soit qu'elle exalte, soit qu'elle déprime exagérément ceux qui l'absorbent.

Le myrte, symbole d'amour, lui appartient. Il ne doit pas être offert indistinctement à toutes personnes, ni à toutes heures. Offert le soir, le myrte est le signe de l'amour impur ; il marque le désir sans estime ni affection. Mais, offert le matin, il exprime une affection ardente et contenue qui n'exclut pas le désir, mais sait le contenir dans les bornes du devoir.

La rose est la fleur particulière à Vénus, et, comme tout ce qui vient de cette déesse, comporte plusieurs significations. La rose est la parure la plus exquisément féminine, mais, pour l'honneur que l'on doit à notre sexe, il faut se garder de n'y voir qu'un ornement de coquetterie. La rose a toujours un secret.

Dans les chansons galantes du XVIII° elle indique le don qu'une femme, et surtout une jeune fille, fait de sa pudeur à son bien-aimé. "Tu n'auras pas ma rose, chante la romance, tu n'auras pas ma rose, car tu la flétrirais".

C'est, en ce qui concerne la rose, voir les choses par leur côté le plus matériel. La rose mérite mieux et davantage. Elle est la fleur initiatique, la clairvoyance dans le domaine des formes symboliques et peut même octroyer le don de les interpréter sous une direction intérieure mais venue des mondes sacrés. Offerte à un être qu'on aime - de quelque forme que soit cette affection - elle le contraint à penser à vous tout le temps qu'elle garde son parfum. On dit même que ce parfum dure en proportion de la tendresse de la personne qui l'offrit. C'est d'ailleurs, un fait à noter que les fleurs offertes, même recevant des soins identiques, se conservent d'autant mieux et plus longtemps que celui ou celle qui les a données vous porte une plus sincère affection.

Comme je le disais en parlant du Soleil, la verveine appartient aussi à Vénus. De ce point de vue, elle est la « plante attractive - de Van Helmont ». Elle constitue, à elle seule, un charme puissant. Cueillie à une heure propice, en des conjonctions favorables, elle rend la femme irrésistible. Ce sont, surtout, les bras qui doivent garder son odeur. "Et, comme le dit, dans Aphrodite, Chrysis de Galilée, les bras, ô mon miroir, ce sont les chaînes de l'amour".

Le thym, le thym ardent et modeste, relève aussi de la Déesse. Dans sa petite taille et dans sa feuille sèche, il concentre des énergies miraculeuses. On peut dire avec certitude que si tous ceux qui ont les voies respiratoires délicates prenaient une tasse d'infusion de thym à leur réveil, le nombre des tuberculeux diminuerait grandement. Mais allez inspirer confiance à des gens qui veulent des remèdes extraordinaires avec une herbe qui ne coûte rien et qu'on met dans le pot au feu ! Tel quel, le thym placé sous l'oreiller, donne des rêves prophétiques et, dans la nuit du jeudi au vendredi fait voir aux jeunes filles l'homme qu'elles épouseront. Je dis "épouseront" parce que le thym est honnête et ne s'occupe que des affections conjugales. Pour les autres, c'est la fleur des fèves qu'on doit placer sous l'oreiller.

Il faut, d'ailleurs, se défier de la fleur des fèves. Elle excite la fièvre et les mauvais désirs. En tout cas, sa floraison coïncide, avec une période de l'année où les nerveux sont particulièrement agités.

Mercure plait à toutes les plantes qui présentent beaucoup de petites fleurs par bouquets comme font les ombellifères. Les fleurs à cinq pétales lui conviennent aussi, surtout celles des rosacées qui annoncent des fruits. La fleur de l'amandier lui convient et cette fleur de cerisier qui est l'emblème des samouraïs parce que la lumière la pénètre et qu'elle ne projette point d'ombre. Telle est une haute conscience ; tels seront les hommes, suivant la religion des anciens Aryas, lorsque le bien aura triomphé et que la nuit ne sera plus.

Il aime aussi l'anis, l'ache qui fut une plante funéraire parce que Mercure est le guide des âmes qui se dirigent dans la mort vers une nouvelle vie. L'ache est une plante de mauvais augure ; sa présence dans une demeure fait songer à la mort et peut-être l'annonce.

Parmi les fleurs qui conviennent à Mercure, nous devons citer la pensée qui plait à ce Dieu à cause de la figure humaine tracée dans sa corolle. On ne sait pourquoi tout ce qui appartient au jeune Dieu des voyageurs est chargé de présages maléfiques. On assure que les pensées offertes rompent les amitiés et changent les rires en larmes. C'est peut-être la raison pour laquelle, en dépit de sa beauté, la pensée est bannie de la toilette féminine et passe pour "faire vieille dame".

La quintefeuille, qui est la potentille rampante, est sous la juridiction de Mercure, comme tous les remèdes aux affections pulmonaires. C'est une sujétion qu'elle partage avec bien d'autres, bénéfiques à cet effet - la pulmonaire, qui est une consoude, lui appartient de même - désignée à ceux qui sont atteints de catarrhe ou de pneumonie par la forme de son inflorescence qui s'apparente véritablement à l'arbre respiratoire.

Mais, ce qui distingue la quintefeuille, entre les autres plantes mercuriennes, c'est que - en raison très certainement de son aspect d'étoile à cinq pointes - elle symbolise pour les sorciers et magiciens la volonté humaine. Si elle est placée directement en contact avec un objet imprégné des fluides d'une personne, elle devient cette personne et peu remplacer, sous une apparence plus gracieuse, l’antique poupée de cire et de chiffons. Il ne faut toutefois pas oublier que Mercure est prompt et fugace et que l'envoûtement ainsi obtenu est de peu de durée. Cependant, on peut l'utiliser avec avantage toutes les fois qu'il est nécessaire, d'infuser au sujet une pensée inaccoutumée qui lui soit profitable, comme dans l'éducation des enfants particulièrement indociles. Les épouses adroites et bien informées emploient le même procédé pour obtenir l'accomplissement de telle fantaisie que le mari a refusée, soit en des vues d'économie, soit simplement pour faire acte d'autorité.

La marjolaine - qui est l'origan - passe pour vaincre la timidité. Qui la porte sur soi a soudain de l'esprit de répartie et n'attend plus d'être dans l'escalier pour trouver ce qu'il fallait dire. Unie au romarin, elle rend avenant, agréable et donne à ceux et à celles qui lui font confiance cette "plus belle encore que la beauté" qui est souvent l'apanage des personnes nées sous Mercure.

La Lune, qui est, comme on sait, la plus psychique des planètes, protège diverses plantes dont les propriétés sont connues. Ce sont d'abord toutes les plantes d'eau, lotus mystiques et nénuphars qui restreignent les facultés génératrices matérielles au profit de la sensibilité psychique. Si la faculté génératrice correspond à des facultés du même ordre dans le domaine de l'esprit, c'est seulement en ce qui concerne la création positive, la réalisation de l'œuvre d'art, par exemple. Mais, pour la création passive - je veux dire la réceptivité aux inspirations supérieures - il est nécessaire que, momentanément, le tumulte du cœur et des sens soit apaisé. Au reste, le savant ou le poète qui est en gestation d'une idée est déjà prédisposé par la force des choses à une certaine frigidité qui provient de l'extrême contention de son esprit.

Le lotus, forme sacrée du nénuphar, transpose cette conception de l'humain dans le divin. Il représente le silence parfait de tout l'être qui se prépare à recevoir des communications divines. Il apporte à tout l'être une passivité, un calme sans lesquels les images et les paroles ne se laisseront pas percevoir. Il est la fleur des eaux paisibles, qui se fane dès qu'elle a cessé d'être posée sur son milieu normal. Emblème parfait de la méditation du Sage, qui ne peut s'épanouir dans le vacarme de la terre et pas davantage dans le tourbillon vain des passions non encore domptées. S'il se sépare de cette eau limpide qu'est le monde astral supérieur, il retombe dans la vie matérielle et il y est d'autant plus désarmé qu'il a plus d'aptitudes pour la vie contemplative.

La belle de nuit, au parfum suave, est une fleur lunaire. Plus chastement que la tubéreuse, elle est une plante d'amour. Elle ne représente pas les emportements de l'amour charnel et ses délires, mais le côté romanesque, poétique - et tout aussi dangereux - de la passion. C'est elle qui fleurit au pied du balcon de Juliette, alors que le rossignol chante et que Roméo murmure les paroles immortelles.

Une autre plante qui est propice au développement de l'intuition par l'apaisement des centres nerveux, c'est l'olivier que l'on nomme agnus castus qui met le subconscient en rapports avec les esprits de la Lune et spécialement ceux qui confèrent cette sorte de voyance spéciale appelée introspection et qui est utilisée dans le diagnostic des maladies. Etant donné que le voyant, dans ce cas, prend la sensation des maux éprouvés et doit connaître avec exactitude leur caractère et leur localisation exacte, une passivité parfaite est nécessaire qui ne doit être troublée par aucun mouvement intérieur.

L'hysope, enfin, est une plante lunaire, car, étant la plus petite plante qui ait la forme d'un arbre, il est comme le résumé du règne végétal. C'est pourquoi, concentrant sous sa petite taille toutes les énergies vitales, il est en rapport avec la vie végétative que tous les êtres puisent dans la Lune. Il est de la sorte, apparenté à l'Eau, aussi est-il employé dans les rites de purification dont le but est de rétablir, en son intégrité, la nature d'un être amoindrie par le péché, si l'on prend ce mot dans son sens originel, c'est-à-dire action on situation même involontaire qui rompt l'état de pureté par quoi le patient s'était assuré la protection des Forces supérieures.

A la Lune et au Soleil en même temps appartient le gui, qui en tant que remède, régularise les fonctions du cœur et qui concentre dans ses perles blanches toute la sève du grand chêne. Il est un porte-bonheur pour tous ceux qui sont de sang celte ou germanique, moins ou pas du tout pour les autres.

 Conférence basée sur l'Enseignement rosicrucien  
légué à Max Heindel par les Frères Aînés de la Rose-Croix.