Le Corps du Désir - 1ère partie

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AP - Juin 2004

L'homme, en tant qu'Esprit, dispose, à son stade actuel de développement, de quatre véhicules au moyen desquels il fonctionne : ce sont le corps dense, le corps vital, le corps du désir et l'intellect.

Bien que ces véhicules soient étroitement reliés, il est nécessaire pour comprendre vraiment leurs fonctions et leurs possibilités, d'étudier chacun d'eux séparément et en détail. Lors de l'exposé précédent, nous avons étudié, le corps éthérique. Nous allons aborder aujourd'hui l'étude du corps du désir.

Le corps du désir de l'homme est son véhicule des sentiments, des désirs, des souhaits et des émotions. Il est responsable de nombres de nos actions, se grisant dans le mouvement. S'il n'est pas mis en bride, il fait faire au corps toutes les choses inutiles et insignifiantes qui nuisent tant à la croissance de l'âme.

Cependant ce tempérament qui est une si grande menace lorsqu'il domine, peut être aussi efficace pour le service à autrui s'il est convenablement dirigé. Le tempérament du corps du désir doit donc être maîtrisé, mais en aucune manière tué. C'est pourquoi, les Enseignements de la Sagesse Occidentale mettent l'accent sur la transmutation des désirs inférieurs en désirs élevés, au moyen du service à autrui motivé par la dévotion à des idéaux élevés. Cela engendre l'Ame Emotionnelle, nourriture essentielle à l'Esprit en évolution.

L'Enseignement Rosicrucien nous apprend que le Plan Cosmique dans lequel s'effectue notre évolution est divisé en sept Mondes, ou sept états différents de matière. Voici leur nom, du plus subtil au plus dense : 1. Le Monde de Dieu. 2. Le Monde des Esprits Vierges. 3. Le Monde de l'Esprit Divin. 4. Le Monde de l'Esprit Vital. 5. Le Monde de la Pensée. 6. Le Monde du Désir. 7. Le Monde Physique.

Cette division n'est pas arbitraire, mais nécessaire parce que la substance de chacun de ces Mondes est soumise à des lois qui sont pratiquement inopérantes dans les autres.  Par exemple :

        • dans le Monde Physique la matière est soumise à la gravitation et aux phénomènes de contraction et d'expansion ;

  • dans le Monde du Désir, il n'y a ni chaleur, ni froid, et les formes lévitent aussi facilement qu'elles gravitent. La distance et le temps sont aussi des facteurs qui gouvernent l'existence dans le Monde Physique, alors qu'ils sont beaucoup moins contraignants dans le Monde du Désir.

La Région Chimique est le domaine de la forme ; la Région Ethérique est celui des forces qui entretiennent les activités de la vie dans les formes et rendent celles-ci capables de vivre, de se mouvoir et de se reproduire ; le Monde du Désir, lui, est un domaine de forces qui incitent à l'action.

Comme chacun des sept Mondes, le Monde du Désir est divisé en sept Régions ou subdivisions de la matière. Remarquons bien que le Monde Physique et le Monde du Désir ne sont pas séparés l'un de l'autre dans l'espace. Il n'est pas nécessaire de se déplacer pour passer de l'un à l'autre ou d'une Région à la suivante. Les diverses subdivisions du Monde du désir existent toutes en nous, de même que les solides, les liquides et les gaz.

Avant d'aborder la description de ces 7 Régions, il faut savoir que dans le Monde du Désir, la distinction entre les forces et la matière n'est pas aussi marquée, ni aussi apparente que dans le Monde Physique. On pourrait presque dire que les idées de force et de matière y sont identiques ou interchangeables. Notons que Max Heindel écrivait cela en 1908 et donc avant que la fameuse formule d'Einstein E=mc2 (1905) ne soit largement connue.

Cette formule manifeste que énergie et matière sont également très liées dans notre Monde Physique comme la bombe atomique l'a hélas prouvé aux yeux de tous. La dualité onde-particule de la mécanique quantique découverte dans les années 1920-1930, va également dans ce sens.

Quand on parle de la matière du Monde du Désir, il est exact de dire qu'elle est d'un degré moins dense que celle du Monde Physique, toutefois, nous en aurions une conception incorrecte si nous imaginions que c'est une substance physique plus subtile. La montagne ou la pâquerette, l'homme, le cheval, l'oiseau ou un morceau de fer sont composés en dernière analyse des mêmes particules, au niveau atomique ; pourtant, nous ne disons pas que la pâquerette est une forme subtile du fer !

Dans le Monde Physique, une certaine quantité de force est nécessaire pour vaincre l'inertie d'un corps au repos et pour le mettre en mouvement ; c'est également le cas, lorsqu'il s'agit d'arrêter un corps en mouvement.

Il n'en est pas ainsi pour la substance du Monde du Désir. Cette matière est presque vivante. D'une façon générale, ce qui est d'ordre hyperphysique est souvent décrit en termes vagues et trompeurs puisque, ne possédant, dans nos langues physiques aucun mot qui les décrive avec précision, nous manquons des moyens voulus pour en faire la description. Même si un film en couleurs nous permettait de voir des images du corps du désir et de montrer ainsi sur l'écran comment ce véhicule très mobile change de forme et de couleurs selon les émotions, cela n'en donnerait pas une idée exacte à celui qui n'est pas capable de voir ces choses par lui-même. Malgré cette difficulté de représentation, voici ce que Max Heindel nous dit, de cette matière-désir :

"Elle est constamment en mouvement, prenant avec une facilité et une rapidité inconcevables toutes les formes imaginables ou inimaginables; simultanément, elle brille et scintille sans arrêt, passant par des milliers de teintes et de nuances. Il n'existe pratiquement rien de comparable parmi les choses que nous connaissons dans notre état physique de conscience.

On peut se faire une vague idée de cette matière en pensant au chatoiement des couleurs sur une coquille de nacre que l'on fait miroiter, sous un fort éclairage. C'est la luminosité particulière de ce Monde qui a amené le célèbre médecin Paracelse (1493-1541) à parler de corps astral, en comparaison avec la luminescence de la Voie lactée. Voici ce qu'il écrit : « Aussi l’âme, privée par la mort du corps matériel, possède-t-elle un corps astral, l’esprit, un corps spirituel, un corps de feu. Toute existence, en Dieu également, suppose un corps".

Ce terme a été repris au XIXème siècle par les théosophes et les spirites (qui parlaient plus volontiers de "peresprit"). Max Heindel lui a préféré le terme de corps du désir ou corps émotionnel qui exprime précisément la nature de ce corps.

Tel est le Monde du Désir, un Monde de lumière et de couleurs changeantes, tout au moins à partir de la 2ème Région. Les énergies des animaux et de l'homme s'y mêlent à celles d'innombrables Hiérarchies d'Etres spirituels qui sont aussi actifs dans le Monde du Désir que nous le sommes ici-bas. Les forces émanant de cette immense légion d'Etres modèlent la substance sans cesse changeante du Monde du Désir en formes innombrables et variées, qui durent plus ou moins longtemps, suivant l'énergie qui leur a donné naissance.

Une partie de notre vie post-mortem se déroule dans le Monde du Désir. Nous passons, en général, par le Purgatoire qui comprend les trois Régions inférieures du Monde du Désir, par La Région centrale qui est une sorte de Région limitrophe : ni ciel, ni enfer puis par le Premier Ciel qui se trouve dans les trois Régions supérieures. Les Deuxième et le troisième Ciels étant situés dans le Monde de la Pensée, nous les considérerons au cours d'un exposé ultérieur.

La première Région, la plus dense du Monde du Désir est celle des bas désirs :

         • la haine, la rancune, le désir de vengeance, la sensualité, l'avarice avec leurs tons de rouge sombre mêlé de marron ;

  • les nuages gris ou noirs de l'anxiété ou de l'amertume etc.

 

Bien qu'appartenant à cette Région, je mettrais à part certaines formes de colères qui peuvent avoir des effets bénéfiques et que l'on appelle parfois de « saines colères ». Même si l'idéal est de sublimer sa colère en amour, il vaut mieux laisser éclater cette colère plutôt que d'entasser ses griefs à l'égard d'une personne sous forme de rancune. On descend vers le fond mais c'est pour mieux remonter ensuite en entraînant, si possible vers le haut, la personne qui a provoqué cette émotion par un pardon réciproque.

On peut énoncer quelques conditions d'application :

  • qu'elle soit de brève durée, peu fréquente et relativement justifiée par les faits ;
  • qu'elle soit sincère mais sous-tendue par une conscience de la relativité des choses ;
  • qu'elle n'entraîne pas à dire des vérités trop blessantes et encore moins des « méchancetés » ;
  • qu'elle permette de faire comprendre à son prochain que quelque chose nous a choqué dans sa façon d'agir ;
  • qu'elle se termine le plus vite possible par une réconciliation.

Il faut un certain courage, une certaine maîtrise de soi et une certaine dose d'amour pour exprimer sa colère sans blesser son prochain de façon trop profonde. Certaines colères peuvent se manifester sous forme d'actions constructives que nous n'aurions pas entreprises sans cette émotion à la base. Peut-être est-ce iconoclaste, mais je me demande si le Christ lui-même lorsqu'il a chassé les marchands du Temple n'aurait pas éprouvé, un infime instant, cette émotion.

 Matt 21; 12-13 :

"Jésus entra dans le temple de Dieu. Il chassa tous ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple; il renversa les tables des changeurs et les sièges des vendeurs de pigeons. Et il leur dit : Il est écrit : Ma maison sera appelée une maison de prière. Mais vous, vous en faites une caverne de voleurs".

Tout ce qui vient être dit sur la colère n'engage que moi et j'espère que cela ne sera pas considéré comme une incitation à se laisser aller à des sentiments négatifs, mais au contraire à les sublimer progressivement.

Mais revenons à la description de cette Région des bas désirs. C'est la plus dense et donc la plus pénible des Régions du Purgatoire, dans laquelle beaucoup d'êtres humains font un séjour plus ou moins long après ce que l'on nomme la mort. C'est dans cette Région que la force de Répulsion se manifeste avec le plus de puissance, elle déchire et met en pièces d'une manière terrible à voir, les formes qui y prennent naissance. Pourtant, cette force est loin d'être une force hostile. Rien dans la nature n'est hostile ; tout ce qui paraît l'être ne travaille, en définitive, que pour le bien.

Dans le Monde du Désir, la tendance de chaque forme est d'attirer tout ce qui est de même nature, afin de se développer par ce moyen. Si cette tendance à l'attraction venait à prévaloir dans les Régions inférieures, le mal croîtrait comme les mauvaises herbes. Ce serait dans le Cosmos, l'anarchie au lieu de l'ordre. Dans la Région la plus basse du Monde du Désir, les formes ne sont que des créations démoniaques, édifiées par les passions et les désirs les plus vils de l'homme et des bêtes. Quand la forme d'un désir vil est attirée par une autre forme de même nature, il y a discordance entre leurs vibrations et elles ont l'une sur l'autre un effet destructeur. Par conséquent, au lieu de s'unir et d'amalgamer le mal avec le mal, elles agissent avec un pouvoir réciproque de destruction qui a pour effet de maintenir le mal dans des limites raisonnables.

Considérons maintenant cette Région du point de vue de la vie post-mortem. Après l'achèvement de sa vie terrestre et la rétrospection éthérique, l'être humain fait son entrée dans le Monde du Désir.

Si le mourant pouvait abandonner tous ses désirs derrière lui, le corps du désir se séparerait de lui très rapidement et le laisserait libre de pénétrer dans le Monde céleste; mais tel n'est pas généralement le cas.

Tant que l'homme nourrit des désirs relatifs à la vie terrestre, il doit rester dans son corps du désir et, comme le progrès de l'individu demande qu'il passe dans les Régions supérieures, l'existence dans le Monde du Désir doit nécessairement devenir "purgatoire", c'est-à-dire le purifier des désirs qui l'enchaînent.

La durée et l'intensité des souffrances causées par l'extirpation de nos vices sont proportionnelles à l'intensité de nos désirs. C'est la loi de cause à effet qui régit toutes choses dans les trois Mondes et dans tout royaume de la nature physique, moral et mental. Elle ajuste toutes choses et rétablit l'équilibre partout où une action, même la plus insignifiante, a amené une perturbation. L'étudiant devrait noter particulièrement que l'opération de cette loi est tout à fait impersonnelle. Il n'y a dans l'univers ni récompense, ni punition. Tout est le résultat de la loi immuable que l'on appelle la Loi des Conséquences.

Dans le Monde du Désir, elle opère en purifiant l'homme des plus vils désirs par la correction des faiblesses et des vices qui retardent son progrès, lui infligeant dans ce but la souffrance la mieux adaptée au résultat à obtenir. Notons cependant que si une personne adonnée à des vices ou ayant mal agi envers son prochain a fini par surmonter ses vices, par se repentir et, dans la mesure du possible, faire réparation, le mal qu'elle a fait, ce repentir et cette réparation l'ont purifiée de ces vices particuliers et de ces mauvaises actions. L'équilibre est rétabli, la leçon a été apprise pendant cette incarnation et, par conséquent, elle ne sera pas cause de souffrances après la mort.

Dans le Monde du Désir, la vie est vécue à peu près trois fois plus rapidement que dans le Monde Physique. Un homme qui a vécu cinquante ans dans le Monde Physique, repasserait de nouveau les évènements de la même vie dans le Monde du Désir, en seize ans environ. Ceci n'est, bien entendu, qu'une moyenne générale. Pour certains, le séjour dans le Monde du Désir est beaucoup plus long que la durée de la vie physique. D'autres encore, qui ont entretenu peu de désirs grossiers pendant leur vie, passent à travers ce Monde beaucoup plus rapidement; mais l'estimation donnée plus haut est à peu près correcte pour l'homme ordinaire de notre époque. Cependant, n'oublions pas, ainsi qu'on la remarqué au début de cet exposé, que le temps est beaucoup plus « flexible » dans le Monde du Désir que dans le Monde Physique, bien qu'il y ait déjà, ici-bas, un important facteur psychologique dans notre estimation du temps qui passe.

Pendant son séjour dans le Monde du Désir, ce panorama se déroule aussi à rebours, comme lors de la rétrospection éthérique qui suit la mort physique mais au lieu d'être insensible, il éprouve au contraire tous les sentiments qu'il lui est possible d'éprouver à mesure que les scènes passent une à une devant lui. Il vit à nouveau chaque incident de sa vie passée. Quand il arrive à une scène où il a blessé quelqu'un, il ressent la même douleur que la personne blessée a ressentie. Il endure tout le chagrin et toute la souffrance qu'il a causés aux autres, et il apprend à quel point est pénible la blessure, combien est dur à supporter le chagrin dont il a été la cause.  De plus, la souffrance est d'autant plus aiguë qu'il n'a pas de corps dense pour atténuer la douleur. C'est peut-être pour cela que la rapidité de la vie est alors triplée, afin que la souffrance puisse perdre en durée ce qu'elle gagne en intensité. Les balances de la nature sont merveilleusement justes et correctes. Notons qu'il y a heureusement des périodes de repos au cours de cette période de purgatoire. Le but du Purgatoire est d'extirper les habitudes pernicieuses, en rendant leur satisfaction impossible. En raison de ses souffrances, il apprend à agir dans l'avenir avec bonté, honnêteté et pureté.

C'est un avantage inestimable que de connaître la méthode et l'objet de cette purification, parce que nous sommes alors mieux à même de faire par anticipation notre purgatoire ici-bas et de réaliser ainsi des progrès beaucoup plus rapides qu'il ne serait possible autrement.

L'exercice de Rétrospection du soir a pour objet cette purification et aide au développement de la vue spirituelle. Le repentir et l'amendement sont aussi des facteurs puissants pour diminuer le séjour au Purgatoire, car la nature ne gaspille jamais ses efforts en opérations inutiles. Quand nous reconnaissons la perversité de certains actes ou de certaines habitudes de notre vie, et que nous nous déterminons à éliminer les habitudes et à réparer le mal commis, nous effaçons leurs images de notre mémoire sub-consciente et elles ne seront plus là pour nous juger après la mort. L'homme qui se juge ainsi et élimine ses vices en réformant son caractère, accomplira un grand progrès, réservé d'ordinaire à des vies futures.

La deuxième Région du Monde du Désir pose un problème de dénomination, voire même de nature.  En effet, dans la Cosmogonie en anglais, qui est la langue dans laquelle Max Heindel a écrit la Cosmogonie, elle est appelée : "Région of impressionability".Qui devrait se traduire en français par "impressionnabilité" qui signifie : « caractère d'une personne ou d'une chose impressionnable ». Or il se trouve qu'il a une grande différence entre une personne impressionnable qui est quelqu'un de facile à émouvoir, quelqu'un d'hypersensible, ce qui est plutôt un défaut et un objet "impressionnable" telle qu'une pellicule photographique qui ne fait qu'accomplir la fonction pour laquelle il a été crée. Dans la Cosmogonie, en français, cette Région a été appelée : "Région des impressions".

Certains rosicruciens, dont je fait partie, ont considéré que cette traduction était incorrecte car, comme nous venons de le voir, dans la vie post-mortem, cette Région fait partie du Purgatoire ; elle devrait donc conserver une connotation plutôt négative. D'ailleurs le 1er cours de Philosophie (cours P1) en français a adopté cette traduction. Cependant voici ce que nous dit Max Heindel dans la Cosmogonie :

"Il s'agit pour ainsi dire d'une Région neutre, de sorte que toutes nos impressions construites avec la substance de cette subdivision sont neutres. Ce n'est que lorsque les deux sentiments d'intérêt et d'indifférence que nous rencontrerons dans la quatrième Région entrent en jeu que les deux forces jumelles d'attraction et de répulsion commencent à agir. La simple impression, quelle qu'en soit l'origine, est en soi tout à fait distincte du sentiment qu'elle fait naître. Cette impression est neutre; c'est une activité manifestée dans la deuxième Région du Monde du Désir, où des images sont formées par les forces de perception sensorielles dans le corps vital de l'homme".

Cette dernière phrase est importante car elle semble indiquer que cette Région concerne surtout l'être humain en incarnation et non pas dans la vie post-mortem dans laquelle il n'y a plus de "perceptions sensorielles" à proprement parlé. La traduction par "Région des impressions" correspond donc mieux à la description donnée par Max Heindel.

Dans la troisième Région, qui est celle des "souhaits égoïstes", la force d'Attraction l'emporte déjà sur la Répulsion. La force de Répulsion a tendance à repousser les autres forces pour avoir plus de champ d'action mais elle cède très facilement le pas à un désir pour de nouvelles choses.

La substance de la troisième Région du Monde du Désir est donc principalement soumise à la force d'Attraction vers de nouveaux objets, mais dans un but égoïste, sans être pernicieux (sinon cela ramène à la Région des bas désirs).

La quatrième Région du Monde du Désir est la "Région du Sentiment". C'est de là qu'émane notre sentiment au sujet de ce qui se présente à nous à chaque instant. Il importe peu, pour le moment, que les idées ou objets présentés soient bons ou mauvais : l'Intérêt ou l'Indifférence sont les seuls facteurs qui déterminent leur sort. Si l'impression faite sur nous par un objet ou une idée éveille notre Intérêt, celui-ci a sur elle le même effet que le soleil et l'air sur les plantes. Elle va croître et fleurir dans notre vie. Si, au contraire, l'impression est reçue avec Indifférence, elle se flétrit comme une plante placée dans l'obscurité d'une cave.

De cette Région centrale du Monde du Désir émane donc le stimulant qui pousse à agir ou, au contraire, à empêcher toute action (ce qui est aussi une action au point de vue de l'occultisme scientifique). En effet, dans l'état actuel de notre évolution, les sentiments jumeaux d'Intérêt et d'Indifférence sont la source même de l'action ; ils sont les ressorts qui meuvent le monde. Plus tard, ils n'auront plus aucun poids. Le facteur de l'action sera alors le Devoir. Ce mot a encore souvent une connotation négative d'efforts parfois pénibles, mais ce ne sera plus le cas lorsque nous serons en harmonie avec la Vie Divine.

Quand l'Intérêt met en oeuvre la Force d'Attraction et qu'il a pour objet des choses et des désirs vils, les formes-pensées associées gagnent les Régions inférieures du Monde du Désir, où agit la force neutralisante de Répulsion, comme nous l'avons vu précédemment. Si l'intérêt s'oriente vers des buts altruistes, les formes-pensées correspondantes gagnent les Régions supérieures du Monde du Désir, que nous allons bientôt considérer, et vont même parfois "encore plus haut"...

Nous voyons ainsi l'importance capitale du Sentiment que nous éprouvons envers toute chose, car c'est de lui que dépend la nature de l'ambiance que nous nous créons. Si nous aimons le bien, nous veillerons comme des anges gardiens sur tout ce que nous rencontrons de bon autour de nous ; dans le cas contraire, nous peuplerons notre route des démons que nous aurons créés.

Au niveau de la vie post-mortem, cette Région centrale est le séjour des gens qui ne firent de tort à personne, mais qui complètement accaparés par les affaires, ne se sont jamais préoccupés de la vie supérieure. Le Monde du Désir est pour eux un état d'une monotonie indescriptible jusqu'à ce qu'il ou elle ait appris à penser à des choses plus élevées, car il n'est plus possible, dans ce Monde, de "faire des d'affaires".

On trouve également dans cette Région ceux qui étaient convaincus que « la mort est la fin tout », dès le moment où cela les a amené à "jouir de la vie" égoïstement, avec la conception : "après moi le déluge". Ils s'attendaient à l'annihilation de leur conscience, au lieu de cela, ils s'aperçoivent que leur faculté de percevoir les êtres et les choses qui les entourent a augmenté.

Ils avaient été tellement accoutumés à nier ces choses avec véhémence qu'ils s'imaginent souvent que le Monde du Désir est une hallucination, et on peut les entendre fréquemment s'écrier dans le plus profond désespoir : "Quand donc cela finira-t-il ?".

Ces personnes ne peuvent généralement pas recevoir d'assistance tant que leur conscience la refuse et elles souffrent beaucoup plus longtemps que les autres. Max Heindel nous dit :

"C'est dans l'intellect matérialiste que se trouve le plus grand danger de perdre contact avec l'esprit. C'est pourquoi, les Frères Aînés se sont très sérieusement préoccupés pendant le siècle passé du sort du Monde Occidental et, sans leur activité bienfaisante et spéciale en sa faveur, nous aurions eu à subir un cataclysme social auprès duquel la Révolution Française n'aurait été qu'un jeu d'enfant".

Conférence basée sur l'Enseignement rosicrucien
légué à Max Heindel par les Frères Aînés de la Rose-Croix.