Le Sens de l'Initiation

A150104ConfInitiationEre spirituelle n°26 - Germain Rheal  - mai 1938

Avant de frapper à la porte du Temple secret qui devra détenir la Lumière en puissance ; avant de franchir ses deux colonnes : le cœur et l’esprit qui supportent la partie dite matérielle du Temple individuel qu’est l’être humain, arrêtons-nous sur le seuil.

Que pourrons-nous découvrir dans cette enceinte mystérieuse où le cœur emprunte à la palette universelle les nuances les plus fondues pour se parer de sentiments tendres ainsi que les coloris les plus tourmentés dont ses passions et ses désirs animiques s’alimentent ? Que sollicitons-nous en approchant de cet enclos privé où l’esprit tantôt s’éclaire et tantôt s’obscurcit ?

La possibilité d’une théorie et d’une pratique nécessaires à l’harmonie corporelle, à l’équilibre sain du cœur et de l’esprit, conditions essentielles au rythme normal de ce tabernacle vivant qu’est l’homme, pour être en état de recevoir la Lumière primordiale, s’en imprégner et enfin rayonner pour donner à son tour.

Quelle est cette Lumière primordiale ? ... La Sagesse tout simplement.

Or, c’est l’Initiation qui doit conduire à la Sagesse, sommet accessible de la perfection humaine, auquel chacun - non seulement peut - mais a le devoir de prétendre.

Toutefois, si le sentier s’ouvre devant les pas fragiles de la bonne volonté, il est certes hérissé d’obstacles de toutes sortes, il ne ménage pas les difficultés à surmonter, il réserve maints écueils où les chutes et les retours en arrière sont fréquents et, seuls, parviennent à la cime éclairée ceux dont les efforts ne se sont point lassés. C’est ce qui a fait dire au Maître Nazaréen : "Beaucoup seront appelés, mais peu seront élus".

De nos jours, l’Initiation semble avoir perdu de son étendue : effet de la spécialisation moderne. On cherche assez fréquemment à développer au maximum telle ou telle partie de l’individu sans tenir compte de telle ou telle autre, ce qui cause presque toujours d’assez préjudiciables déséquilibres à la complexe nature humaine et à la Société et qui, de ce fait, entravent la marche ascendante de l’évolution.

Si nous ouvrons un dictionnaire d’usage courant, nous y lisons la définition suivante : initiation "cérémonies par lesquelles on était admis à la connaissance de certains mystères dans les religions anciennes, et qui accompagnent encore l’admission dans différentes sociétés secrètes".

Naturellement, le plus grand nombre d’individus n’y voient que la pompe rituelle et d’autres encore pensent que si les initiés s’intéressaient à des mystères, ce ne pouvait être que des rêveurs, des demi-fous hantés par le surnaturel.

D’abord, qu’entend-on par "surnaturel" ? D’après les encyclopédistes, le surnaturel comprendrait tout ce qui excède les forces de la nature. Il est assez malaisé de supposer que quelque chose puisse dépasser les forces de la nature, puisque l’univers dans sa totalité est la nature même et, par conséquent, ses forces et ses lois ne peuvent exister "extra-natura".

De plus, beaucoup d’entre nous sont convaincus que la connaissance n’a de valeur que si elle est appuyée sur l’expérience scientifique.

Et puisqu’il est avéré que la connaissance, synonyme de discernement, équivaut à "avoir l’idée, la notion d’une personne ou d’une chose", peut-on affirmer qu’elle n’a de valeur que si elle est appuyée sur l’expérience scientifique ?

Comment alors, expliquerons-nous pourquoi la plupart des animaux ont la connaissance des plantes qui peuvent leur être nuisibles ? N’est-ce pas tout simplement ce sentiment intérieur qu’on appelle l’instinct qui les guide, sentiment naturel que ne distillent ni les cornues, ni les éprouvettes.

Quant à l’être humain, il a lui aussi son instinct, mais encore son intuition, laquelle toujours d’après nos encyclopédistes, est : la connaissance claire, droite, immédiate, qui n’a pas besoin de l’intermédiaire du raisonnement, ni de l’expérimentation scientifique, et a son origine dans le sentiment.

L’instinct et l’intuition sont encore des mystères que nous ne sommes pas parvenus à élucider complètement et dont nous nous servons pourtant, souvent inconsciemment. Les Sages de l’antiquité en avaient sans doute saisi le mécanisme puisqu’ils en usèrent comme de précieux instruments pour acquérir leur savoir individuel et universel.

Et si nous avons aujourd’hui perdu la clé qui ouvre les arcanes de la nature, c’est parce que nos appétits matériels sont si voraces, nos exigences rationnelles, si pressantes que nous avons fini par oublier le chemin du véritable Temple initiatique où se joue l’évolution des êtres et des choses.

De ce Temple, nous avons fait trois dépendances séparées : le corps, l’esprit et le cœur.

Il n’est pourtant pas impossible de rétablir l’unité de ce précieux sanctuaire puisque tous, nous sommes en possession de facultés latentes qui ne demandent qu’à s’épanouir pour l’érection définitive de l’asile de la Sagesse.

Devons-nous pour ce faire, remonter aux sources anciennes qui nous ont apporté la pureté de leurs ondes ? Serons-nous obligés de frapper à la porte des édifices sacrés ? Car enfin, ce Temple que nous avions le devoir d’unifier, ne le portons-nous pas en nous-mêmes ?... Le corps, le cœur, et l’esprit sont nos assises fondamentales et quand notre être tout entier s’éveille à la vie, à la beauté, à la compréhension des êtres et des choses, c’est un sanctuaire qui monte vers la Lumière éternelle comme une cathédrale majestueuse tend ses flèches au baiser des cieux étincelants.

Nous ne nous perdrons pas dans les méandres des cycles passés, puisque aussi bien nous retrouvons la pensée des grands Initiés dans chacun des actes de notre vie et en toute chose. Leurs travaux, les symboles qu’ils ont adoptés pour les représenter, nous les rencontrons maintes fois dans les études que nous poursuivons, car le but que nous cherchons par des moyens qui nous sont personnels, est le même qu’ils ont atteint. Quand nous aurons mieux pénétré la parité de nos travaux avec les leurs, nous verrons bien souvent avec des yeux nouveaux, telle forme telle figure qui nous était autrefois indifférente. Ce qui nous paraissait peut-être, hier encore, singulier, s’éclairera pour nous d’une lumière inconnue. Notre cœur et notre esprit s’ouvriront à de nouvelles idées et nous les percevrons avec acuité, et nous retrouverons alors cette pensée commune derrière tous les symboles et les rites.

Ce qui nous paraissait, hier encore, des traditions respectables mais bizarres, ou des simagrées sans objet, deviendra aujourd’hui le langage qui, de tout temps, a été parlé par les Initiés et les Sages. Et, choisissant ceux qui nous conviennent le mieux, nous serons néanmoins plein de respect pour les autres, car ils traduisent dans une langue qui n’est peut-être pas la nôtre, les pensées qui nous sont les plus chères.

Franchissons le portail du Temple de la Nature où l’admiration de la Beauté nous amènera à des pensées nouvelles, à des sensations profondes, divines, et nous feront apparaître dans le monde extérieur mille images inattendues qui commenteront l’Infini.

Puis, quand nous concentrerons notre pensée sur le travail quotidien, quand nous méditerons en silence pour résoudre tel grand problème qui, depuis bien des siècles, fait rêver les cerveaux, quand nous chercherons - pour songer à ces énigmes - le calme et la pondération, c’est la pensée de Pythagore qui sera notre guide et notre lumière. Elle nous conduira quand nous contemplerons l’infini des mondes que révèle une belle nuit, car nous songerons que tous ces univers sont soumis aux mathématiques, à ce Nombre qui fut sa loi.

Nous invoquerons Orphée lorsque, transportés par les délicieuses harmonies de la Nature, nous nous réjouirons du chant des oiseaux, du frais et glissant murmure des sources, de la douce chanson des feuilles remuées quand la cime des arbres se balance. Alors, comprenant le sens de ces murmures, nous les écouterons au fond de notre cœur éveiller des paroles mystérieuses, et ces harmonies de la Nature nous pénétreront mieux.

En prenant l’habitude de nous pencher vers ceux qui souffrent, en ouvrant notre cœur à toute créature en peine, nous nous unirons à l’œuvre si belle de Jésus. C’est à Jésus que nous penserons quand, pareil à un arbre chargé de fruits, nous nous inclinerons vers tous ceux qui passent, avec toutefois une prédilection marquée vers le déshérité, le malheureux, vers tous ceux qui demandent, fut-ce seulement par les larmes, un appui, une protection.

Il en est de même pour toutes les formes initiatiques, car toutes nous offrent la vie qui se dirige vers le même point.

Le premier pas à cet égard, est d’avoir devant les yeux un idéal élevé, dont les Sages nous ont donné les grandes directives. Il faut d’abord se connaître pour ne pas demander à l’organisme des efforts qui causent une fatigue inutile. Cette connaissance nous amènera à voir notre place exacte dans l’univers et cette place n’est ni si infime que le feraient croire nos défaillances, ni si haute que le voudrait notre vanité. Mais elle nous donne de connaître et d’expérimenter les forces actives qui vivent autour de nous comme en nous, de comprendre que des rapports étroits existent entre l’homme et l’univers et qu’il est nécessaire à l’initié de se développer conformément aux lois naturelles, de manière à entrer en harmonie parfaite avec les forces cosmiques qui sont - pour celui qui fait appel à elles - de la plus grande et bienfaisante utilité. C’est cette ascèse, pratiquée dans le silence et le secret des temples antiques qui a fait crier au "surnaturel", alors qu’elle est le fond même de toute initiation parfaite.

Comprendre et sentir, telles sont les deux voies qui se présentent à quiconque veut contribuer à l’évolution générale.

Toutes deux sont nécessaires et il serait inharmonique de faire l’éducation de l’une au détriment de l’autre. L’équilibre des deux donne accès à la Vérité, à la Sagesse. C’est par la sentimentalité - que la raison éclaire - c’est par la raison - que la sentimentalité attendrit - que nous pouvons élargir notre champ d’action, voir que l’univers ne se limite pas à nos passions pas plus qu’à nos intérêts. C’est par elles que nous nous dégageons des mauvais courants, des pensées égoïstes et que notre esprit correspond dans des sphères plus élevées, à des pensées plus nobles, plus généreuses qui nous ravissent comme l’illumination du mystique ou l’inspiration du poète, comme la communion du psychisme avec les purs courants supérieurs.

Autrefois, dans la plupart des initiations, le futur adepte était soumis à d’étranges fatigues. Aux Indes, les épreuves initiatiques durent encore de nos jours 7 ans, et elles sont des plus redoutables. En Egypte, elles duraient en quelques sortes toute la vie, puisque les initiés formaient une caste qui évoluait sans cesse vers un plus haut degré de perfection. Pythagore demandait une longue initiation à ceux qu’il admettait à son école, et l’une des épreuves - non la moindre - était un silence absolu qui durait au moins 2 ans, souvent plus.

Mais aujourd’hui, ni la vie, ni le tempérament, ni les conditions climatiques ne disposent l’européen à se soumettre à d’aussi rigoureuses disciplines. Bien des gens se sont dangereusement blessés en essayant les pratiques des yogis par exemple, et point n’est besoin de s’expatrier, d’accomplir des actes étranges, de quitter sa famille et ses occupations pour faire acte d’Initié.

Quelle que soit l’unité d’une doctrine, on ne peut la présenter sous la même forme à un asiatique et à un européen dont la mentalité est différente. D’autre part, les formes naturelles ne se sont pas identiques en tout lieu. Si les Egyptiens ont employé le papyrus et le lotus, les Grecs l’acanthe et les Européens le lys, le trèfle et d’autres plantes autochtones, c’est qu’ils ont puisé dans la nature environnante les modèles de leurs créations.

Il en est de même en ce qui concerne la pensée. On l’a présentée dans la forme la plus accessible à ceux qui devaient l’entendre ; on l’a parée de toutes les magies de la forme et de la parole, ce qui n’a pas été sans la modifier quelque peu. Mais sous ces changeantes apparences, la pensée demeure la même. La bonté, la vertu, le désintéressement sont toujours la base de cette direction vers une amélioration de l’âme.

Nous avons autour de nous tout ce qui est nécessaire pour accomplir notre évolution et le perfectionnement n’est pas dévolu à une contrée plutôt qu’à une autre. Les puissantes harmonies de la vie universelle, dites inanimées, depuis les premiers frissons de la vie organique jusqu’à l’ultime Pensée, nous baignent, ici et là, comme un grand fleuve dont les eaux bienfaisantes nous ravivent et nous donnent une force inconnue. C’est à nous de nous y plonger, d’y capter ces énergies qui nous modifient si profondément et développent en nous les possibilités qui nous font Adeptes, sans nous soumettre à de rudes épreuves.

Les épreuves des initiations passées avaient pour but de savoir si celui qui se présentait aux Mystères était réellement sérieux, résolu, persévérant, assez discret pour recevoir la confidence des hauts secrets. Il fallait donc se rendre compte de la sécurité que présentaient les postulants, et aussi - puisque la plupart souhaitaient accomplir les actions de la thaumaturgie - essayer leurs forces psychiques en même temps que leurs forces morales. Aujourd’hui, c’est plutôt à l’esprit et au cœur qu’on adresse les questions qui remplacent ces épreuves.

Quant au Grand Secret, il est accessible à tous, mais chacun doit se façonner, se perfectionner dans ce but. II faut le découvrir par soi-même le sentir et le comprendre, le posséder ensuite par son propre effort. Il ne saurait être communiqué par un mot, ni par un geste, ni par un livre. Le mot, le geste, le livre ne peuvent que le mettre sur le chemin de l’adepte. Ce n’est pas non plus, en récitant distraitement une formule que l’adepte acquerra des pouvoirs. Il ne les trouvera ni dans les Grimoires, ni dans aucun petit Albert, pas même dans des œuvres de Stanislas de Guaïta ou d’Eliphas Levi. Du moins, ne les y trouvera-t-il pas comme une leçon qu’on récite. II lui faudra lire entre les lignes, pénétrer le sens occulte de ce qu’on lui révèle à demi. Il lui faut enfin comprendre et sentir, éduquer son esprit et son cœur. Tout cela ne se fait pas en lisant une page ou des volumes entiers, comme on lirait un beau roman pour se donner la sensation poignante du danger côtoyé.

De même, il ne suffit pas d’une grande palette et d’une belle boîte de couleurs avec tout un jeu de pinceaux pour faire un peintre. Un enfant peut prendre la palette, user des pinceaux et des couleurs pour barbouiller une toile au gré de sa fantaisie et produire une cacophonie cruelle aux yeux qui la regardent. Ce n’est pas si rapidement que l’on apprend à faire un de ces chefs d’œuvre qui attirent et retiennent le regard et dont la contemplation, après nous avoir enchantés, nous emporte dans un abîme de rêverie, car l’œuvre d’art digne de ce nom nous exalte vers un idéal.

Mais, nous nous devons d’insister particulièrement sur certaines énergies que l’adepte doit connaître et dont la possession, le contrôle lui sont nécessaires pour arriver au but qu’il s’est fixé. Ces forces nous les verrons d’abord en lui-même où il doit les discerner. Puis, cette connaissance parfaitement acquise, l’adepte doit apprendre à la maîtriser et à l’utiliser afin d’apporter à tous ceux qui en ont besoin lumière et santé.

Avant tout, il faut nous souvenir que l’être humain - envisagé synthétiquement - comporte trois parties nettement distinctes et cependant solidaires les unes des autres : le corps, l’esprit et le cœur.

Ces trois éléments de nous-mêmes sont régis par des énergies particulières : le corps reçoit et irradie la force vitale ; l’esprit vit et se développe grâce à la pensée ; le cœur a besoin de sentiment. Ces différentes forces soutiennent l’être humain, le font vivre, le mettent en contact permanent avec le monde extérieur.

La vie est d’autant plus harmonieuse et utile aux autres que l’adepte sent en son corps une plus grande abondance d’influx vital ; en son esprit des énergies sans cesse renouvelées ; en son cœur une plus forte puissance émotionnelle.

Lorsqu’il a atteint ce but, l’homme est en état d’agir sur lui-même et autour de lui en toute connaissance de cause en réglant volontairement les effets à produire.

Lorsqu’il possède complètement ces forces, il peut, en usant de chacune d’entre elles, agir dans les trois domaines organique, mental et sentimental ; individuel, collectif et cosmique.

Certes, ces forces sont naturelles, mais combien mystérieuses encore ! Notre défaut, c’est d’ignorer la Nature et de la ramener à la limite de notre vision en laissant de côté les grandes palpitations de la Vie universelle. C’est là justement qu’il faut chercher ce Grand Secret, dans les frémissements sonores et doux de la Nature desquels découle la loi des autres frémissements par quoi palpite et se meut la Vie.

Le premier point à accomplir, c’est donc de se connaître. Ce n’est pas sans raison que les anciens avaient fait de cette connaissance le premier stade de leur Initiation. Savoir qu’elles sont nos qualités et nos défauts ; développer les unes, éliminer les autres. Se purifier, c’est la première partie de toutes les Initiations telles qu’elles ont été pratiquées dans tous les Temples et dans tous les groupements de philosophes.

Nous devons d’abord épurer notre corps, lui donner par une hygiène rationnelle, des forces et une puissance qu’il a peut-être perdues par la maladie, suite à une alimentation défectueuse, par un manque d’air et d’exercices physique ou par la pratique d’exercices préjudiciables. Nous devons adopter une règle de vie plus saine, basée sur des principes qui dirigeront toute notre conduite. Notre corps doit obéir à notre esprit ; et pour cela, il adaptera son économie matérielle et tous les organes qui lui sont soumis, à des rythmes qui sont l’écho des rythmes universels. Nous ne devons pas en alourdir la partie spirituelle par des joies trop animales, ni détruire le bon fonctionnement des organes par des privations inconsidérées.

Ce soin pris, il nous faudra faire l’éducation de notre esprit. Nous apprendrons à obtenir de lui une direction plus sûre, une volonté calme et agissante, en développant ses facultés sans lui permettre de dessécher sa vie sentimentale et en ne lui autorisant que des pensées dont les vibrations soient bienfaisantes autant en nous qu’autour de nous. Ainsi, nous obtiendrons l’empire sur nous-mêmes ce qui nous rendra maître de notre inconscient. Nous ne subirons plus sa ruée, mais, ne cédant qu’à notre esprit conscient, nous serons en état de pouvoir raisonner tous les actes de notre vie.

Cultivons aussi le silence. C’est dans le silence que nous soulèverons le voile d’Isis. Taisons-nous et réfléchissons dans la manifestation des opinions adverses. Ce sera notre force de dire à la fin, cette parole conciliante rallie toutes les opinions. Soyons calme et notre exemple fera plus encore que les paroles. Voilà un des premiers pas à faire pour la conquête des forces externes et internes.

Nous ferons ensuite l’éducation du cœur car il est erroné de croire que le sentiment soit une sorte d’infirmité qu’il faille faire disparaître. On confond trop souvent sensiblerie avec sensibilité. II y a nécessité, au contraire, à le développer dans tous les êtres, à faire participer toutes les créatures aux délicatesses de la sensibilité, aux lumières de l’intuition. Seulement, il est de toute première importance que l’être soit maître de sa sensation, qu’il enraye tout emballement, car tout dérèglement est dangereux pour la partie de nous-mêmes qu’il affecte.

Si l’esprit comprend et conçoit, le sentiment frappe à l’intérieur de nous même un sens spécial. Et si la délicatesse de ce sens interne varie de l’un à l’autre, il n’en existe pas moins chez chacun de nous.

Les philosophes ont dit avec sagacité : "c’est la raison qui éclaire l’homme, mais c’est le sentiment qui le conduit".

Plus que tout autre, l’Initié doit développer sa puissance émotionnelle. C’est sur elle qu’il doit compter pour percevoir avec plus de finesse et d’acuité toutes les forces qui se meuvent autour de lui, et se mettre en rapport plus direct et plus complet avec toutes les palpitations de la vie, à seule fin de leur emprunter les énergies qu’il doit répandre autour de lui. C’est à cette seule condition qu’il pourra remplir sa mission.

Il ne faut pas supprimer le cœur ; non, certes. II faut seulement lui enseigner le véritable amour, l’amour qui cherche le bonheur des autres et non sa propre satisfaction. Si l’amour a fait souffrir un être, ce n’est pas en fermant son cœur qu’il en pourra guérir ; c’est en l’ouvrant bien davantage, en l’ouvrant tout grand, pour que tous ceux qui souffrent y trouvent asile. Nous devons comprendre que si nous cherchons notre seule joie, nous ne la trouverions que fragmentaire, car on ne récolte que ce que l’on a semé.

Ainsi comprise, l’Initiation aura trouvé son véritable sens, car l’harmonie du corps amènera la santé, la vie ; la stabilité de l’esprit : l’ordre, la force ; et la pureté du cœur : la joie, la beauté, trinité idéale qui conduit infailliblement à la Sagesse.

La santé, la vie - qu’elles soient organiques, cérébrales ou morales - ne résident que dans un parfait équilibre et c’est vers ce but que nous devons tendre.

Et, quoiqu’on en pense, nous aurons acquis certains de ces hauts pouvoirs dits « surnaturels » à l’évocation desquels le scepticisme se dresse malveillant et destructeur.

A quelque porte d’un Temple que nous frappions, à quelques Centre initiatique - digne de ce nom - que nous nous adressions, à quelque école sérieuse que nous fassions appel, que ce soit dans les ères antiques où de nos jours, malgré la diversité des formes, rites ou symboles, la voix du Sage - toujours la même - se fera entendre. Ecoutons-la :

"Nouvel Adepte, avant d’entrer dans la lice, analyse-toi ; scrute les moyens physiques et moraux, dont tu disposes".

"Avant de combattre, il est nécessaire que tu te prépares à la lutte. Ne t’y engage pas avant d’avoir agrandi ton âme et multiplié tes forces".

"Au fond de ton être, dans ce trésor secret ignoré de toi-même, gît le joyau merveilleux, cette lampe d’Aladin qui doit diriger tes pas. C’est la Lumière qui a guidé les Grands Saints, c’est une parcelle de cette Pensée sublime qui auréola de tout temps le front des Grands Penseurs et des Initiés. Tu es de leur race. Ils t’ont légué ce trésor de l’Univers : leurs pensées, leurs élans, l’exemple de leurs actions. Tu as hérité de leurs vertus, de leurs qualités, de ce qui fut leur force et leur valeur morale".

"Il y a en toi une parcelle de cette pensée sublime qui anima, dans tous les âges, ceux qui ont voué leur effort à la plus belle œuvre humaine, celle qui s’associe au plan éternel".

"Tu es un maillon de cette chaîne qui transmit à travers les âges les enseignements sublimes qui font vivre l’humanité".

"Tu possèdes en toi les qualités requises pour découvrir le Grand Arcane. Ton désir de pénétrer l’ombre, d’en dégager enfin le mystère, te fera trouver ce que tu cherches. Ta foi robuste t’évitera les découragements qui ne frôlent que les défaillants, qui n’abattent que les faibles".

"En t’élançant d’un libre essor dans le grand domaine de la pensée initiatique, sache-le : tu restes attaché à tes devoirs. Même si tu atteins les plus hauts sommets de la connaissance, tu n’en es pas moins lié à ton foyer, à ta famille, à tes amis, à tous tes frères. C’est en partageant l’effort de ceux qui t’entourent que tu te rends digne de les éclairer, de les secourir, de t’élever au-dessus d’eux pour te pencher, plus fraternel et plus tendre, sur leurs douleurs, sur leurs blessures".

"Cultive l’amour, un amour pur et élevé : cherche l’amitié de tes frères. Sois toujours à la hauteur de la noble tâche que tu assumes".

"Surtout agis. Rayonnes. N’oublie jamais de quelle mission admirable tu te trouves investi. Protège tous ceux qui sont faibles ; aide-les de toutes manières et fais-le discrètement".

"Relève les volontés défaillantes, stimule ceux qui sont las. Apporte à tous, ton sourire bienveillant, ta force calme et souveraine, ta parole douce et mesurée. Tends la main largement à ceux qui ont besoin de toi ; ils t’attendent sans te connaître".

"Tu deviendras bientôt le confident de ceux qui souffrent, leur espoir et leur soutien. Mérite cette confiance. Conserve l’espoir qu’ils te vouent. Ne cherche pas à les dominer, à les asservir. Ils désirent un ami et non un maître. Guide-les comme un frère aîné, console-les comme une mère".

"C’est à toi de répandre la Lumière, d’apporter partout où tu passes, cette Paix et cette Concorde que tu voudrais voir rayonner sur le Monde".

"Là est ta Voie, celle qui conduit au véritable bonheur, à la Sagesse, ultime but de ton Initiation".

"Et de ton corps harmonieux, de ton esprit lumineux, de ton cœur vertueux, tu feras de tout ton être le plus beau des Temples qu’aucune main humaine ait jamais construit : Temple au fronton duquel viendront s’inscrire ces simples mots : Fiat-Lux !!!".

 Conférence basée sur l'Enseignement rosicrucien  
légué à Max Heindel par les Frères Aînés de la Rose-Croix.