Le Jardin du Paradis

A150131ContesRose-CroixJardinMarga Fisher

Il était une fois un riche marchand qui avait deux filles, Splendeur du Matin et Soirée Bleue, qu'il aimait par-dessus tout. Un jour, il les emmena en voyage sur l'un de ses bateaux afin qu'elles puissent découvrir les merveilles du monde.

Ils voyagèrent de nombreux mois, visitant de grandes villes avec leurs magasins et leurs musées, des pays lointains aux arbres gigantesques et aux animaux sauvages, des cavernes de marbre et des grottes bleues, les pyramides d'Egypte, des étangs aux lotus et des temples, d’immenses cascades et des mers qui chantent. Tout ce que les hommes rêvent et souhaitent de voir par eux-mêmes, une fois dans leur vie.

Ce que les petites filles apprécièrent le plus, furent les histoires d’un conteur indien, Radnan, qui leur dévoila des mondes bien plus beaux encore. Il leur parla d'un Jardin paradisiaque où il y avait des fleurs bleues, des fruits dorés et une lune verte. Splendeur du matin et Soirée Bleue ne se lassaient pas de l'écouter, et leur désir devint si intense qu'elles demandèrent comment se rendre à ce jardin merveilleux.

L'Indien sourit et dit : "Un jour je vous emmènerai au Jardin du Paradis".
Peu après, le marchand et ses filles retournèrent chez eux et ils continuèrent longtemps à s'émerveiller en évoquant les choses splendides qu'ils avaient vues. Cependant, il était étrange que le père ne puisse plus se souvenir du conteur d’histoires indien. "Vous devez vous tromper" disait-il « vous devez confondre avec les sonneurs de cloches et les danseurs orientaux ». "Non, non" affirmaient les petites filles "c'était Radnan, le conteur indien, qui nous a parlé du jardin du paradis".

Alors, le marchand se fâcha et interdit à ses filles de parler de cela à jamais. Les filles obéirent. Pourtant, en secret, elles continuaient à penser au Jardin du Paradis. Elles perdirent tout désir de s'occuper d'autre chose. Elles ne faisaient plus rien et se laissaient servir comme des princesses. Le cuisinier devait leur préparer les mets les plus fins et le boulanger devait leur faire les meilleurs gâteaux. Elles gardaient tout pour elles et n’invitaient plus personne pour partager ce qu'elles avaient.

Chacune s'asseyait devant une fenêtre et attendait que le conteur indien vienne comme, il l'avait promis, et l'emmène au jardin du paradis. La place préférée de Splendeur du Matin était la fenêtre située à l'Est. Rien ne lui plaisait plus que de baigner son visage dans la lumière du soleil tandis que celui-ci montait dans le ciel. "Regardez comme les rayons du soleil sont lumineux" disait-elle à ceux qui la voyaient. Elle était vaniteuse et cela lui plaisait que les gens admirent sa beauté qui rayonnait dans la clarté du soleil comme de la neige et de l'albâtre.
Un jour, un oiseau bleu s'approcha de sa fenêtre, portant une petite branche dans son bec. Il la posa sur le rebord de la fenêtre. "Je voulais faire quelque chose de gentil pour toi" dit-il. Mais Splendeur du Matin ne comprit pas ce que l'oiseau disait. "Va-t-en" ordonna-t-elle "tu fais de l'ombre sur mon visage".

Devant la fenêtre, il y avait un grand noyer dans lequel jouait un petit écureuil rouge. Tout à coup, il sauta sur le rebord de la fenêtre : "Je t'apporte quelque chose de joli" dit-il, et il fit rouler une noix dans la chambre, "Tu masques le soleil" dit Splendeur du Matin, et elle le chassa.

Un matin, Elisa, une petite fille aveugle, se tint sous la fenêtre et leva son visage vers la jolie fille du marchand. "On dit que vous aimez le soleil" dit-elle. "Pouvez-vous me dire à quoi il ressemble ?". "Tu assombris la lumière du jour" répondit avec colère Splendeur du Matin. Cependant, au moment où l'enfant repartait tristement, Splendeur du Matin se sentit un petit peu honteuse de ce qu'elle avait fait.

Pendant ce temps, Soirée Bleue était assise à la fenêtre opposée qui donnait vers l'Ouest. Elle aimait le moment où, le soir, le soleil se couchait flamboyant dans une mer d'or et de lavande. Pourtant, tout au long du jour, elle était jalouse de la façon dont sa sœur affichait sa beauté. Lorsque Soirée Bleue vit la petite fille aveugle qui était si triste, elle eut pitié. Elle l'appela : "Viens, je vais te parler du soleil".

La petite Elisa se fit très attentive. "Le soleil ne connaît pas l'obscurité et il n'a jamais vu la nuit" commença à dire Soirée Bleue. "Pour nous, il se lève chaque jour dissipant l'obscurité et donnant sa chaleur à toute chose dans la Nature. Il envoie des torrents de lumière sans jamais perdre de sa force. En silence, il parcourt un arc dans le ciel et personne ne peut le regarder fixement sans devenir aveugle".

Pendant que Soirée Bleue racontait cela, le soleil commençait à descendre vers l'ouest. "Vous décrivez tout si bien", dit Elisa, "que dans mon cœur il a commencé à faire très clair". "Mais comment se fait-il que les gens croient que le soleil est silencieux ? Je l'ai entendu, très clairement, chanter un beau chant". Soirée Bleue regarda l'enfant avec étonnement. "Elle dit la vérité" pensa-t-elle. L'enfant sourit et se mit à marcher joyeusement, comme si elle avait vraiment entendu le soleil chanter.

C'est ainsi que le temps passait. Splendeur du Matin s'asseyait à la fenêtre Est, Soirée Bleue à la fenêtre Ouest, et la petite Elisa venait et les écoutait parler du Soleil. Mais un jour, on ne vit pas le soleil. Le ciel était gris, il faisait froid et les rues étaient désertes. Soirée Bleue avait quitté sa place et s'était assise avec sa sœur derrière la fenêtre Est fermée. Elles étaient tristes et n'avaient même pas envie de se parler. Il faisait de plus en plus sombre, mais ce n'était pas la nuit. Le jour s'achevait dans un étrange crépuscule et les deux sœurs regardaient tristement le brouillard gris.

Tout à coup, un nuage bleu apparut au-dessus de la rue et devant la fenêtre. Bientôt le nuage se transforma et le conteur indien entra dans la chambre. "Bonjour", dit-il en saluant, "je suis venu pour tenir ma promesse et vous emmener au Jardin du Paradis". Quand les filles furent remises de leur surprise, elles l'accueillirent avec joie. Leur longue attente touchait maintenant à sa fin, et elles étaient prêtes à faire le long voyage jusqu'au Jardin du Paradis.

Tout d'abord, ils traversèrent une région très aride. Nul arbre, nulle végétation ne poussait là. Partout ce n'était que rocaille froide et silence sans fin. C'était comme si toute chose dormait profondément. Enfin, ils parvinrent à un mur en ruines qui était recouvert de mauvaises herbes et qui sentait mauvais. Les filles étaient inquiètes "Vous êtes sûr que c'est bien le chemin qui mène au jardin du paradis ?". "Certainement" répondit Radnan, "il nous faut passer à travers des régions obscures avant d’arriver au Jardin du Paradis".

Ils passèrent sous un petit portail rouillé et pénétrèrent dans un sombre bois habité par de nombreuses créatures. Certaines hurlaient autour des nouveaux venus, comme si elles demandaient protection et d’autres menaçaient et effrayaient les filles. Elles tremblaient et auraient bien aimé revenir sur leurs pas. "N'ayez pas peur", fit Radnan, afin de les apaiser "ce sont seulement de pauvres malheureux qui méritent notre pitié". Un chœur de lamentations lui fit écho, et il conduisit les filles dans une des maisons grises qui étaient côte à côte, comme en un labyrinthe géant.

Cependant, à peine étaient-ils entrés dans la maison que le conteur disparut ; les filles se retrouvèrent seules dans une pièce froide et inhospitalière. Splendeur du Matin courut à la fenêtre, mais celle-ci ne s'ouvrait pas et était recouverte de poussière et de toiles d'araignées, à tel point qu'elles ne pouvaient pas voir au travers. A côté était accroché un petit miroir sale, et elles ne se reconnurent pas dedans. Il reflétait d’étranges visages pleins de taches laides. Il y avait deux chaises, à quelques pas de la fenêtre, avec de lourds coussins, et à côté, une table couverte de mets précieux, de fruits et de gâteaux. Les filles avaient très faim et s'assirent immédiatement pour manger.

Mais qu'était-ce donc ? Les coussins étaient durs comme des pierres et fixés avec des clous. Les fruits avaient un goût de pourri et les gâteaux s’effritaient comme du sable. Leur faim se fit encore plus intense, et elles ne purent la satisfaire. A plusieurs reprises, Splendeur du Matin courut au miroir et essaya d'y effacer les taches, espérant voir se refléter son vrai visage. Tout à coup, elle poussa un cri car, pendant un instant, elle avait cru voir l'image de la petite aveugle. Mais l'image se troubla et s'assombrit jusqu'à ce que l'enfant semblât plonger dans l'obscurité complète. Alors soudain, Splendeur du Matin fut aveugle comme la petite Elisa.

Des voix inamicales se moquèrent d'elle et des mains invisibles la bousculèrent d'un coin à un autre. Au plus profond de son cœur, elle regrettait maintenant d'avoir repoussé la petite Elisa. Tandis qu'elle pleurait, elle entendit la voix de sa sœur : "Je vais te parler du soleil". Alors Soirée Bleue lui parla comme elle avait parlé à Elisa et à chaque parole, Splendeur du Matin retrouvait un peu plus de clarté. A la fin, elle put revoir sa sœur et l'étrange pièce dans laquelle elles étaient emprisonnées. Mais le plus surprenant fut que le miroir avait disparu ainsi que les toiles d'araignées à la fenêtre. Quelqu'un devait les avoir enlevées. A travers la vitre propre on pouvait voir un petit bout de jardin vert. Avant que les filles n'aient pu poser la moindre question, le conteur indien apparut et les conduisit par le labyrinthe dans une pièce plus claire. "Terminez votre travail" dit-il d'un ton sec, et à nouveau, il laissa les deux filles seules.

Tout d'abord, elles ne savaient pas de quel travail il s'agissait. Elles essayèrent d'ouvrir la grande porte par laquelle Radnan avait disparu, mais elle était fermée à clef. Deux grandes tapisseries étaient accrochées de part et d’autre de la porte. Elles n'étaient pas encore complètement terminées. Quelqu'un devait s'être arrêté au milieu de son travail, car, de toutes parts, pendaient des brins de coton et de fil de toutes couleurs. "Regarde !", s'exclama Soirée Bleue en désignant la tapisserie de droite, "celle-ci a les couleurs du soleil couchant". "Oui !" s'écria Splendeur du Matin, "et celle-ci est bleu et or comme le soleil du matin".

Les filles commencèrent à travailler sur les tapisseries, essayant de les achever. Il n'était pas toujours facile d'assortir les fils, et elles devaient se concentrer sur leur ouvrage. Avant qu'elles aient pu s'en rendre compte, ce fut le soir, et leur travail n'était guère avancé. Elles durent travailler des jours et des jours. Souvent, la tapisserie revenait à son état initial, et il leur fallait recommencer à tisser. Soirée Bleue tissait l'image d'une jolie jeune fille qui prit, progressivement l'apparence du visage de sa sœur, Splendeur du Matin. Aussitôt, ses anciens sentiments de jalousie lui revinrent et elle tissa, secrètement quelques fils de laine noire et sales, afin d’abîmer le tableau. Tout à coup, elle ressentit une douleur aigue à son doigt. Elle lâcha son aiguille qui, en tombant sur le sol, arracha le fil. Ainsi, le travail de nombreux jours, se trouvait gâché. Soirée Bleue dut recommencer plusieurs fois avant de parvenir à tisser le beau visage d'une façon convenable.

Pendant ce temps, Splendeur du Matin regardait les parties de sa tapisserie qui étaient inachevées, ne sachant que faire. Alors, elle entendit un oiseau bleu chanter au dehors. Mais son chant était comme un poignard plongé dans son cœur, car cela lui rappelait la façon dont elle avait renvoyé l'autre oiseau bleu loin de sa fenêtre. Elle en était si honteuse, maintenant, qu'elle pleura. Ses larmes tombèrent sur le fil bleu dans son panier et, inconsciemment, elle se mit à tisser avec le fil sur la tapisserie. Cela prit la forme d'un bel oiseau bleu exactement l'oiseau qui avait apporté une branche à Splendeur du Matin, dans son bec.

Sa souffrance poignante s'était un peu calmée, mais Splendeur du Matin savait que cela ne cesserait complètement que lorsqu’elle aurait achevé l'autre partie vide de la tapisserie. Ses larmes se mirent à couler à nouveau, et cette fois, elles tombèrent sur le fil rouge dans le panier. Rapidement, elle tissa un petit écureuil rouge. Honteuse, elle se rappela comment elle avait cruellement renvoyé de sa chambre le petit animal. Maintenant, cependant, le travail marchait bien et l'écureuil, transportant une noix entre ses pattes, était particulièrement ressemblant.

Soirée Bleue et Splendeur du Matin terminèrent leur tapisserie en même temps. Les sœurs s'embrassèrent et admirèrent leurs œuvres. II n'y avait plus à présent aucun défaut et les couleurs étaient aussi vives que si elles s'étaient trouvées en plein soleil. Alors, la porte s'ouvrit et Radnan se tint souriant devant elles. Il examina leur travail avec attention et, n'ayant rien trouvé à y redire, il effleura les tapisseries et fit un pas de côté. Alors, les images prirent vie. Les fleurs commencèrent à exhaler leur parfum, les arbres et les feuilles s'agitèrent dans la brise, l’écureuil sauta de branche en branche et le petit oiseau bleu chanta.

La pièce disparut et les deux fillettes marchèrent parmi les arbres vivants de leurs tapisseries, dans le Jardin du Paradis après lequel elles avaient tant soupiré. Toutefois, quel fut leur étonnement de rencontrer la petite fille aveugle au milieu des fleurs odorantes. Mais Elisa n'était plus aveugle ! Les yeux brillants, elle courut vers elles en riant. Car, qui réussit à traverser le sombre labyrinthe, jusqu'au Jardin du Paradis a les yeux ouverts afin de voir tout ce qui est beau.

Alors s'ensuivirent des jours ensoleillés et joyeux. Il suffisait que les filles pensent à quelque chose de beau et le désirent, pour que leur pensée prenne la forme souhaitée, qui les réjouissait par ses couleurs merveilleuses. Beaucoup d'autres personnes étaient là également, délivrées du labeur et des soucis. Personne ne se sentait étranger ; tous se connaissaient par leur nom et se saluaient fraternellement.

Splendeur du Matin, Soirée Bleue et la petite Elisa étaient, inséparables et ne se lassaient pas des couleurs sublimes qui les entouraient. Les arbres étaient pleins de fleurs et de fruits dorés. Ils sentaient le miel et la rose, et la faim était apaisée rien qu'en les regardant.

Des animaux de toutes sortes vivaient là, inoffensifs et en paix les uns avec les autres. Seulement, Radnan venait rarement. "Il me faut encore guider beaucoup de gens à travers le labyrinthe obscur afin qu'ils parviennent au Jardin du Paradis" dit-il, quand les fillettes lui demandèrent pourquoi il ne pouvait pas rester avec elles. C'est ainsi qu'elles vécurent paisiblement, apprenant le langage des animaux et à lire dans le cœur des gens. Parfois, des êtres très évolués vêtus de longs manteaux blancs, venaient leur apporter des connaissances, chacune apprenant ce qu'elle désirait le plus savoir.

Elisa aimait particulièrement les enfants et réunissait tout un groupe autour d'elle. Elle-même avait tant appris qu'elle pouvait, à présent, enseigner aux petits les Lois de la Nature. Elle leur montrait des coquillages de toutes les couleurs, des cristaux et des pierres dans lesquels dormaient de minuscules créatures. Un jour dans le lointain futur, ces créatures se réveilleraient à la lumière du Soleil. Elle connaissait le nom des papillons et des poissons et montrait aux enfants comment le miracle de l'Amour animait la Création toute entière.

Bien qu'aucun habitant du Jardin du Paradis ne pût affirmer qu'il existait quelque chose d'encore plus merveilleux que les couleurs divines des arbres et des fleurs et les chants mélodieux des oiseaux, il y avait néanmoins, quelque chose de plus élevé. Un jour, le conteur indien apparut afin de conduire nos amies dans la seconde région du Jardin du Paradis. Donc, elles dirent adieu à Elisa qui restait avec les enfants. Les deux fillettes suivirent Radnan le long d'un corridor étincelant qui relie les différentes régions du Jardin du Paradis. De chaque côté poussaient de grandes fleurs bleues et des Etres amicaux, vêtus de longues robes, les saluèrent sans prononcer un mot. Ils leur sourirent comme s’ils étaient de vieux amis et leur adressèrent des regards pleins de douceur.

Enfin, les fillettes arrivèrent dans une forêt verte avec un petit étang au milieu. Un bateau les conduisit au jardin paradisiaque de la musique. Ici, les couleurs étaient encore plus intenses. Chaque vallée, chaque montagne, chaque prairie, chaque arbre et chaque pierre irradiait sa propre lumière. De plus, on entendait une musique angélique, inconnue sur terre, telle qu'aucun terme humain ne pourrait la décrire. Chaque fleur, chaque feuille frémissant dans le vent, émettait une tonalité en harmonie avec les autres. Les couleurs elles-mêmes semblaient chanter, et, des montagnes, éclatait une véritable musique d’orgue.

Splendeur du Matin et Soirée Bleue furent si stupéfaites et émerveillées, qu'elles en eurent le souffle coupé. Aucune dissonance dans cette puissante symphonie où se mêlaient pourtant tant de voix et de sons divers. Chaque tonalité était différente mais s'accordait avec les autres. Tous les sons, les doux, les forts, se fondaient dans une éternelle harmonie. Même les étoiles chantaient, ainsi que la lune vivante qui, telle une torche, éclairait le bleu pâle de la nuit.

Les fillettes vécurent longtemps dans cet univers de musique céleste. Le Jardin du Paradis, avec ses milliers de mélodies, était devenu leur véritable patrie, et plus elles y demeuraient, mieux elles comprenaient la signification de la Musique, le sens de la Vie et la grandeur de Dieu. Leur cœur devint si plein de ces choses, qu'un jour, elles se joignirent tout naturellement au chant éternel de louanges au Créateur.

Cependant, au même moment, leur Esprit fut saisi d'une nostalgie sans nom. Elles se souvinrent de leur lointaine patrie terrestre et de tous les gens qui vivent, privés de joie, dans le labeur quotidien. Elles pensèrent aux aveugles, aux muets, aux affamés, aux malades. Ne serait-ce pas une merveilleuse mission que de leur raconter le Jardin du Paradis ainsi que Radnan l'avait fait d'abord pour elles ?

Le désir d'aider ceux qui sont dans la peine et de faire partager leur pure joie devint de plus en plus intense. Alors, comme s'il avait lu dans leurs pensées, Radnan apparut. "Si c'est de votre plein gré" dit-il "vous allez retourner chez vous. Rappelez-vous, toutefois, tout ce que vous avez appris au Jardin du Paradis. Gardez seulement les meilleurs sentiments dans votre cœur, afin qu'ils vous protègent contre toute pensée de colère, de jalousie ou d’envie".

Puis, Radnan conduisit les fillettes A la Mer de l'Oubli, Bleu et or, les vagues clapotaient doucement sur la côte du Jardin du Paradis. Les fillettes ne ressentirent nulle peur, mais seulement une grande impatience.

Elles plongèrent dans l'eau claire comme du cristal et sombrèrent dans l'inconscience. Comme elles se réveillèrent, elles se retrouvèrent saines et sauves dans leur maison. Elles avaient oublié ce qu'elles venaient de vivre au cours de leur voyage avec le conteur indien. Mais, au fond de leur cœur, elles continuaient à entendre la musique sublime des Anges et leurs yeux brillaient, tels les calices des fleurs lumineuses du Jardin du Paradis.